Entraîner son souffle : mythe ou outil pour mieux respirer ?
- Denis Fortier

- 8 déc. 2025
- 6 min de lecture

L’entraînement respiratoire suscite de plus en plus d’intérêt, aussi bien en réadaptation qu’en performance sportive.
Dans un précédent article (La respiration : la grande oubliée du gym ?), j’expliquais comment ces exercices permettent de renforcer les muscles de l’inspiration grâce à des résistances réglables. Dans celui-ci, j’examine les effets concrets de cet entraînement dans différents contextes : maladies respiratoires, atteintes neuromusculaires, AVC, et même chez les personnes en bonne santé.
Un panorama fondé sur les données scientifiques récentes… mais qui rappelle une évidence : cet entraînement peut être utile — sans pour autant accomplir des miracles. Et dans un contexte pathologique, il doit toujours être entrepris avec l’accord du médecin ou de l’équipe soignante.
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Maladies respiratoires chroniques
Les maladies respiratoires chroniques, comme la maladie pulmonaire obstructive chronique ou l’asthme, entraînent souvent un essoufflement marqué, une perte de tolérance à l’effort et une fatigue persistante. L’entraînement respiratoire vise à soulager cette charge en renforçant le diaphragme et les muscles de l’inspiration.
Les recherches montrent une augmentation de la distance de marche, une force inspiratoire plus élevée, et parfois une réduction de la dyspnée — la sensation d’essoufflement. Des études menées sur des échantillons plus vastes permettront toutefois de confirmer ces résultats avec une plus grande robustesse scientifique.
Chez les personnes asthmatiques, on observe aussi de légères améliorations aux tests de fonction respiratoire (comme le ratio FEV₁/FVC), bien que les effets restent modestes.
Dans les apnées du sommeil, où l’on note parfois une amélioration de la force inspiratoire sans retentissement clair sur les symptômes, et dans l’hypertension pulmonaire, où les données demeurent trop limitées pour conclure, les effets observés pointent vers une meilleure efficacité ventilatoire et une tolérance à l’effort accrue. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence.
Les effets demeurent toutefois variables : la qualité des études, les protocoles utilisés et les profils de patients diffèrent, ce qui rend les comparaisons difficiles.
Mais la tendance reste claire : bien encadré, cet entraînement peut aider à mieux respirer au quotidien.
Atteintes neuromusculaires : renforcer le moteur
Dans les maladies neuromusculaires, comme la dystrophie musculaire, l’ataxie ou d’autres affections touchant le système nerveux, les muscles respiratoires s’affaiblissent souvent au même titre que les muscles des membres. Résultat : la respiration devient plus exigeante, la voix plus courte, l’endurance limitée.
Une méta-analyse récente rapporte des gains significatifs de force inspiratoire et expiratoire, même si les volumes d’air inspirés ou expirés changent peu. Autrement dit, on renforce le moteur sans forcément « agrandir le réservoir », ce qui se traduit tout de même par une respiration plus aisée, une meilleure endurance et parfois une récupération plus rapide.
Le cas de la myasthénie grave après un séjour hospitalier
La myasthénie grave est une maladie auto-immune rare qui provoque une fatigabilité extrême des muscles, y compris ceux de la respiration. Même si elle touche un nombre limité de personnes, elle illustre bien l’intérêt de l’entraînement inspiratoire dans des situations où la faiblesse musculaire est marquée et où la récupération peut être longue.
Un essai contrôlé mené sur six semaines a montré qu’un programme combinant entraînement inspiratoire et exercice aérobique améliore la force, la marche et la capacité pulmonaire par rapport aux soins usuels.
C’est un signal encourageant — à interpréter avec prudence, car d’autres essais seront nécessaires —, mais il montre qu’un travail respiratoire ciblé peut accélérer la récupération fonctionnelle et restaurer la confiance respiratoire chez les patients convalescents.
Après un accident vasculaire cérébral (AVC)
Après un AVC, les capacités respiratoires sont souvent altérées : le diaphragme peut perdre de la force, la posture se modifie, et la marche devient plus instable.
Intégrer un entraînement inspiratoire dans la réadaptation aide à renforcer le diaphragme, à améliorer le souffle et à stabiliser la posture.
Certaines études montrent aussi une meilleure tolérance à l’effort et une progression du volume inspiratoire maximal. Les résultats varient selon la sévérité de l’atteinte et la durée du programme, mais la direction générale est positive : mieux respirer, c’est aussi mieux bouger.
Sport et performance : un souffle mieux utilisé
Si la méthode a été conçue pour la réadaptation, elle a rapidement séduit le monde du sport. L’idée est simple : si les muscles respiratoires deviennent plus forts et plus endurants, la respiration devient plus efficace — et l’effort, plus économique.
Chez les athlètes et les personnes actives, les études rapportent une augmentation nette de la force inspiratoire et, dans certains cas, des gains sur des tests de performance.
Toutefois, les indicateurs majeurs, comme le VO₂max (la consommation maximale d’oxygène), varient peu. Les effets observés concernent surtout la tolérance à l’effort, la rapidité de récupération et la stabilité du souffle dans les phases intenses.
En résumé : on améliore la “finesse” de la respiration plus que la performance brute.
Nuances… et prudence
Comme tout entraînement, le succès dépend de la dose, de la fréquence et de la constance.
Les effets sont réels, mais ils varient : l’âge, la condition physique et la motivation influencent les résultats.
Plusieurs synthèses concluent à des gains de force réguliers, mais à des effets plus mitigés sur la tolérance à l’effort.
La méthode est généralement sûre, mais elle doit être adaptée à chaque profil.
Elle est déconseillée en cas d’asthme instable, de troubles de pression dans les oreilles, juste après une infection ORL ou en présence d’un pneumothorax.
Et comme pour tout appareil respiratoire, l’hygiène compte : désinfecter les embouts et ne pas les partager.
Ce qu’il faut retenir
L’entraînement respiratoire agit comme un entraînement invisible : discret, peu spectaculaire, mais souvent efficace pour améliorer le confort à l’effort.
Ses bénéfices les mieux démontrés concernent la force inspiratoire, la sensation d’essoufflement et, dans certains contextes, la capacité fonctionnelle.
Les grands volumes pulmonaires changent peu, mais la fluidité du souffle et le plaisir de respirer s’améliorent souvent.
Un physiothérapeute (au Québec et au Canada) ou un kinésithérapeute (en France), formé en rééducation respiratoire, peut vous aider à définir la résistance, la fréquence et la progression adaptées à votre condition — pour que ce travail du souffle devienne un véritable levier de mieux-être.
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Denis
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Références
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