La vérité sur votre douleur : trois mécanismes qui changent tout
- Denis Fortier

- 3 déc. 2025
- 5 min de lecture

Trouver les bons mots pour décrire une douleur n’est jamais simple. Certains évoquent un élancement, d’autres une brûlure vive, d’autres encore une sensibilité diffuse qui semble dépasser ce que la blessure laisse supposer. Cette difficulté traduit bien une réalité : il n’existe pas une seule “douleur”, mais plusieurs manières pour le corps de produire une sensation douloureuse.
Dans mon article d’aujourd’hui, je propose donc de considérer trois grandes familles de douleur. Chacune a son propre « mode d’apparition », un peu comme si le corps utilisait trois circuits différents pour transmettre un même message. Ces catégories sont largement décrites dans la littérature scientifique.
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1. Douleur nociceptive : l’alarme-incendie
Pour introduire ce premier mécanisme, l’image du détecteur de fumée est parlante : il se déclenche lorsqu’un événement concret le justifie. La douleur nociceptive apparaît lorsque les tissus sont sollicités, irrités ou lésés : une entorse après un faux pas, une surcharge musculaire après un effort inhabituel, ou une articulation sensible après une posture prolongée.
Elle se manifeste souvent comme une douleur localisée, liée au mouvement ou à la pression, et cohérente avec l’état des tissus.
Ce type de douleur est fréquemment observé dans :
• les entorses ou traumatismes légers;
• certaines poussées arthrosiques;
• les tendinopathies;
• les maux de dos déclenchés par un geste précis;
• plusieurs douleurs post-chirurgicales;
Les approches efficaces combinent exercices progressifs, éducation, reprise graduelle des activités et bonnes habitudes de sommeil. L’objectif est d’accompagner les tissus dans leur récupération naturelle.
La douleur nociceptive se manifeste souvent comme une douleur localisée, liée au mouvement ou à la pression, et cohérente avec l’état des tissus.
2. Douleur neuropathique : le filage électrique défaillant
Ici, le problème ne provient plus du détecteur… mais du câble lui-même. La douleur neuropathique survient lorsqu’un nerf ou une structure nerveuse elle-même est irrité, comprimé ou altéré.
Plutôt que de dresser une liste de diagnostics, on peut imaginer :
• une douleur qui descend dans la jambe suivant le trajet du nerf sciatique;
• des picotements ou « petits chocs » dans la main lorsqu’un nerf du poignet est comprimé;
• une sensibilité inhabituelle du pied chez certaines personnes vivant avec un diabète.
Ces sensations prennent souvent la forme de brûlures, décharges électriques, engourdissements ou froid douloureux.
L’accompagnement inclut des exercices doux pour réduire la tension sur le nerf, des stratégies fonctionnelles, une bonne hygiène de sommeil et une gestion efficace du stress. Dans certains cas, l’équipe soignante peut envisager des médicaments qui modulent la douleur, selon les données présentées dans plusieurs revues scientifiques.
L’objectif : réduire la sensibilité du nerf tout en maintenant la personne active.
La douleur neuropathique survient lorsqu’un nerf ou une structure nerveuse elle-même est irrité, comprimé ou altéré.
3. Douleur nociplastique : l’amplificateur mal réglé
Le terme peut sembler étrange, mais le phénomène est courant. On peut penser à un amplificateur dont le volume a été monté trop haut, même si la source sonore reste faible. Ici, le système nerveux augmente la perception de la douleur, alors même que les tissus ne présentent pas de dommage proportionnel.
Pour rendre l’idée plus claire, on peut imaginer que certaines zones du cerveau habituellement responsables d’analyser la pertinence d’un signal — comme le thalamus ou le cortex somatosensoriel — deviennent trop réactives. Le « centre d’analyse » interprète alors des signaux ordinaires, comme s’ils étaient menaçants. Résultat : le seuil de sensibilité diminue, et des activités autrefois anodines deviennent douloureuses.
Ce mécanisme apparaît dans certaines lombalgies persistantes, dans la fibromyalgie, ou dans d’autres syndromes où plusieurs régions du corps deviennent sensibles simultanément, souvent accompagnées de fatigue, de troubles du sommeil et de difficultés d’attention ou de concentration.
La recherche associe ce type de douleur à une sensibilisation centrale, c’est-à-dire une réactivité accrue du système nerveux. Lorsque ces manifestations s’accumulent, le risque de développer une douleur chronique primaire — une douleur qui devient une condition en elle-même — augmente.
Plusieurs de mes collègues, des deux côtés de l’Atlantique — que je vous invite à consulter au besoin —, ont développé une expertise dans ce type de douleur, en combinant notamment :
• exercices progressifs adaptés au niveau d’énergie;
• réintroduction graduelle des activités;
• stratégies de gestion du stress;
• travail sur le sommeil;
• meilleure compréhension du fonctionnement du système nerveux.
Dans un contexte de douleur nociplastique, le système nerveux augmente la perception de la douleur, alors même que les tissus ne présentent pas de dommage proportionnel.
Ce que cela change pour comprendre sa propre douleur
L’évaluation ne consiste pas seulement à tester la force ou la mobilité. Elle vise surtout à comprendre quel mécanisme domine, en gardant en tête qu’ils peuvent coexister — un point essentiel. Par exemple, une douleur au genou après un entraînement trop intense peut être amplifiée par une composante nociplastique; et une irritation nerveuse peut s’ajouter à une douleur d’origine nociceptive.
Reconnaître ces profils permet d’ajuster les explications, de choisir des stratégies plus ciblées et d’éviter des interprétations qui ne reflètent pas la biologie réelle de la personne.
Pour bien des personnes, comprendre le mécanisme dominant constitue déjà un premier pas vers une prise en charge plus cohérente. Cette réflexion peut ensuite se poursuivre avec ses professionnels de la santé, afin de définir un plan de traitement clair, compréhensible et adapté à son parcours.
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Références
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