Pourquoi votre tendon d’Achille influence votre marche… même sans douleur
- Denis Fortier

- 4 déc. 2025
- 7 min de lecture

Vous est-il déjà arrivé de vous lever avec un mollet un peu raide ? De sentir que votre pas manque de souplesse après être resté longtemps assis ? Ou d’avoir l’impression que la jambe “répond” un peu moins bien lorsqu’il faut marcher plus vite ? Ces sensations sont fréquentes et ne s’expliquent pas nécessairement par une blessure. Elles traduisent plutôt la manière dont certaines structures — muscles, tendons, articulations — s’ajustent, parfois plus lentement qu’on le souhaiterait, aux demandes du quotidien. Parmi elles, un acteur discret, mais essentiel : le tendon d’Achille.
Dans mon article d’aujourd’hui, j’examine le rôle du tendon d’Achille dans la marche, puis je montre comment ce rôle change selon d’autres activités, comme la course ou certaines formes de danse. Ces disciplines proposent des contextes contrastés qui permettent de mieux comprendre comment ce tendon réagit à différentes vitesses, amplitudes et charges. Je reviens aussi sur quelques idées bien ancrées, en m’appuyant sur des données tirées de travaux scientifiques récents, utiles pour interpréter plus finement ce que ressent votre corps.
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Un tendon robuste… et remarquablement spécialisé
Le tendon d’Achille est le plus solide du corps humain. Il relie les deux muscles gastrocnémiens et le soléaire au calcanéum, l’os du talon. Leur relation est si étroite que ces muscles et ce tendon fonctionnent comme une seule “unité mécanique” : les fibres musculaires se prolongent graduellement en fibres tendineuses, un peu comme une corde dont les brins internes deviennent plus rigides à mesure qu’ils approchent de l’extrémité.
Comme tous les tendons, l’Achille peut emmagasiner et restituer de l’énergie. Mais cette capacité est particulièrement marquée chez lui, en raison de sa longueur, de l’alignement du membre inférieur et de la puissance des muscles auxquels il est relié.
Son comportement évolue tout au long de la vie : très souple chez le jeune enfant, plus puissant à l’adolescence, puis progressivement plus “économe” à l’âge adulte. Certaines données montrent que cette évolution reste en partie modulable grâce à l’entraînement et à la mise en charge. Ces changements suivent une trajectoire normale, mais les chercheurs rappellent qu’ils varient beaucoup selon le niveau d’activité : un tendon régulièrement sollicité n’évolue pas tout à fait de la même façon qu’un tendon peu utilisé.
Le tendon d’Achille est le plus solide du corps humain. Il relie les deux muscles gastrocnémiens et le soléaire au calcanéum, l’os du talon. Leur relation est si étroite que ces muscles et ce tendon fonctionnent comme une seule “unité mécanique”.
Un ressort discret qui façonne la marche
À chaque pas, le tendon d’Achille agit comme un petit réservoir mécanique. Lorsque le pied touche le sol, il s’étire de quelques millimètres pour stocker de l’énergie, puis il la restitue au moment où la jambe pousse le corps vers l’avant. Cette mécanique influence :
la longueur du pas ;
la vitesse de déplacement ;
l’économie générale de la marche ;
la sensation de confort dans le mouvement.
Quand le tendon “répond” un peu moins bien — après une blessure, une longue période de sédentarité, ou simplement parce que le corps n’a pas encore retrouvé ses repères — ce n’est pas son élasticité qui change soudainement : c’est plutôt la façon dont les muscles du mollet modulent la tension qu’ils lui transmettent. La marche peut alors sembler plus exigeante, et le corps redistribue les efforts vers d’autres régions, comme les quadriceps, les fessiers ou l’autre cheville.
Certaines recherches en biomécanique montrent qu’un tendon dont la rigidité est “bien dosée” contribue à une locomotion plus économique, notamment en course. Bien que ces résultats proviennent surtout de travaux réalisés en course, ils aident à comprendre pourquoi, au quotidien, un tendon d’Achille qui réagit harmonieusement avec ses muscles peut rendre la marche plus aisée et moins coûteuse en effort.
C’est aussi ce qui explique qu’un tendon un peu irrité reste souvent compatible avec la marche : les forces produites sont régulières, modérées et prévisibles… sauf si l’on décide de marcher vite en descente, de grimper un escalier deux marches à la fois, ou de foncer vers la porte d’entrée avant qu’elle ne se referme, sacs d’épicerie en main. Et je confirme : j’ai vu mes patients tester involontairement leurs tendons dans des contextes beaucoup plus acrobatiques.
Marche, course et danse : trois contextes, trois sollicitations
La marche : un environnement mécanique stable
En marchant, les forces appliquées au tendon d’Achille sont relativement constantes et peu élevées. La marche respecte en quelque sorte le “rythme naturel” de mise en tension du tendon. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle est souvent conseillée, même lorsqu’un tendon est irritable, à condition d’ajuster la vitesse et la durée. Elle entretient une sollicitation suffisante sans dépasser la capacité de récupération du tissu.
Il reste toutefois essentiel de discuter de ces ajustements avec les professionnels de la santé qui vous suivent, selon votre situation.
En marchant, les forces appliquées au tendon d’Achille sont relativement constantes et peu élevées. La marche respecte en quelque sorte le “rythme naturel” de mise en tension du tendon.
La course : une mécanique amplifiée
Lors de la course, les forces appliquées au tendon d’Achille augmentent nettement par rapport à la marche. Elles correspondent à la tension transmise lorsque les muscles du mollet — particulièrement le soléaire, très puissant — freinent l’atterrissage du pied, puis propulsent le corps vers l’avant. Dans ce contexte, le cycle stockage–restitution de l’énergie devient plus rapide, plus ample et plus exigeant pour le tendon.
Un tendon peu entraîné se fatigue plus vite : la propulsion perd en efficacité, le mollet devient “lourd”, et la vitesse devient plus difficile à maintenir. Certaines données montrent d’ailleurs un lien entre des charges élevées, une fatigue tendineuse plus marquée et un risque accru de tendinopathie chez les coureurs.
La danse : contrôle, rotation et précision
Selon les styles, la danse peut solliciter le tendon en demi-pointe, en rotation, en saut ou en atterrissage. Le tendon d’Achille doit alors transmettre la puissance tout en freinant et en stabilisant le membre inférieur lors de changements de direction.
Cette variété en fait aussi un outil de réadaptation intéressant : elle permet de travailler différentes vitesses de contraction, amplitudes et alignements articulaires, dans un éventail très large de situations. Cette combinaison — propulsion et contrôle — augmente les contraintes mécaniques, même en l’absence de douleur.
Selon plusieurs travaux en biomécanique de la danse, certains sauts — comme le saut de chat — imposent des contraintes importantes au tendon d’Achille. Lors de l’impulsion, le pied arrive souvent en flexion plantaire, puis bascule rapidement vers la dorsiflexion, ce qui crée une mise en tension marquée du tendon. À cela s’ajoutent des rotations rapides, des passages en demi-pointe et des changements brusques de direction, selon les styles.
Des données recueillies auprès de danseurs montrent que ces mouvements sollicitent non seulement la propulsion, mais aussi la capacité du tendon à freiner et stabiliser le membre inférieur.
Selon les styles, la danse peut solliciter le tendon en demi-pointe, en rotation, en saut ou en atterrissage. Le tendon d’Achille doit alors transmettre la puissance tout en freinant et en stabilisant le membre inférieur lors de changements de direction.
Trois idées reçues à clarifier
“Si c’est raide, il faut étirer.”
Pas nécessairement. La raideur matinale ou après une longue période assise disparaît rarement grâce aux étirements passifs. Les études montrent que ces étirements modifient très peu les propriétés mécaniques du tendon — la rigidité ne change pas et la structure du collagène reste stable.
“La douleur vient forcément d’une inflammation.”
Faux. La douleur tendineuse n’est pas uniquement liée à une inflammation. Elle reflète plutôt un ensemble de phénomènes : organisation du collagène, façon dont le tendon tolère la charge, et réponses neurophysiologiques plus complexes.
“Avec l’âge, c’est normal d’avoir mal au tendon.”
Faux. Le tendon d’Achille s’adapte tout au long de la vie. Certaines données montrent que sa capacité de remodelage demeure présente bien au-delà de la cinquantaine, surtout lorsque la mise en charge reste régulière.
Pour conclure
Le tendon d’Achille influence notre démarche bien avant d’être douloureux. Sa mécanique — simultanément propulsive et stabilisatrice — contribue à chaque pas, à chaque accélération et à chaque changement d’appui.
La marche le sollicite sans excès ; la course et la danse lui imposent des demandes plus élevées — et souvent plus formatrices.
Mieux comprendre ce tendon, ce n’est pas seulement prévenir un inconfort : c’est mieux saisir comment le corps ajuste, transmet et dose l’énergie du mouvement, dans les gestes du quotidien comme dans ceux que l’on choisit avec enthousiasme.
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Denis
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Références
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