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Sommeil et mal de dos : un lien souvent sous-estimé

  • 19 févr.
  • 5 min de lecture

La douleur au dos figure parmi les motifs de consultation les plus fréquents en médecine et en réadaptation. Pourtant, un facteur déterminant demeure encore trop souvent sous-estimé : le sommeil.


Dans mon article d’aujourd’hui, je vous propose de prendre un pas de recul. Car lorsque le sommeil se dérègle, la douleur change, elle aussi — et parfois s’installe. Comprendre ce lien permet d’éclairer des situations complexes qui, autrement, semblent résistantes aux approches habituelles.


Dans ma pratique, je rencontre régulièrement des personnes qui font « tout ce qu’il faut » pour leur dos — exercices, posture, progression graduée — sans amélioration durable. En creusant un peu, une constante apparaît souvent : un sommeil fragmenté, insuffisant ou non réparateur.


Bonne lecture… et bon visionnement, si vous me suivez aussi sur YouTube !



Un duo étroitement lié


La recherche montre que les troubles du sommeil et la douleur chronique sont fréquemment associés et qu’ils influencent la qualité de vie, créant des défis physiques, émotionnels et sociaux étroitement imbriqués.


Des perturbations du sommeil peuvent s’accompagner d’une sensibilité accrue à la douleur, d’une fatigue persistante et d’une diminution des capacités de récupération — des éléments que l’on observe régulièrement en réadaptation.

On parle aujourd’hui d’une relation possiblement bidirectionnelle : la douleur peut perturber le sommeil, tandis qu’un sommeil insuffisant ou fragmenté peut amplifier la perception douloureuse. En clair, bien que les résultats varient selon les études et les populations, ce lien existe bel et bien, mais il ne s’exprime pas de la même façon chez tout le monde.



Une question d’inflammation


Plusieurs biomarqueurs ont été associés simultanément aux troubles du sommeil et aux douleurs chroniques, notamment des cytokines pro-inflammatoires, comme certaines interleukines (IL-1β et IL-6) et le facteur de nécrose tumorale (TNF-α). Les cytokines sont de petites molécules produites par le système immunitaire qui agissent comme des messagers entre les cellules. Lorsqu’elles augmentent, elles signalent au corps qu’un processus inflammatoire est en cours.


En pratique, lorsque le sommeil est insuffisant ou fragmenté, surtout lorsqu’il se répète, l’organisme peut basculer vers un état inflammatoire plus actif — un contexte qui rend le système nerveux plus sensible. Ce phénomène, appelé sensibilisation, signifie que les signaux douloureux peuvent être amplifiés et que le seuil de tolérance à la douleur diminue.


La douleur chronique est aujourd’hui reconnue comme un trouble multifactoriel impliquant des changements dans les tissus et dans le système nerveux. On parle notamment de sensibilisation périphérique et centrale : la première correspond à une hypersensibilité locale dans la région des tissus blessés ou irrités, tandis que la seconde reflète une amplification du message douloureux dans le système nerveux, notamment au niveau du cerveau.


Ce n’est donc pas seulement « dans la tête » ni uniquement « dans le dos » : c’est souvent l’ensemble du système qui devient plus réactif.

Des hyperactifs


On peut comparer le système de la douleur à un système d’alarme. Lorsqu’il devient trop sensible, il peut se déclencher au moindre mouvement, même en l’absence de véritable danger.


Dans ce contexte, certains neurones impliqués dans la transmission de la douleur deviennent plus actifs qu’à l’habitude. Ils facilitent alors le passage des signaux douloureux entre le dos et le cerveau, comme si le volume du message était monté.


Avec le temps, les cellules de soutien et de défense du système nerveux (microglies et astrocytes) peuvent entretenir cet état d’hypersensibilité, contribuant à prolonger l’expérience douloureuse.


Dans ce contexte, une nuit écourtée n’est plus anodine : elle peut modifier la manière dont le cerveau interprète les signaux provenant du dos.



Un cercle pas simple à dénouer


Lorsque le sommeil demeure fragile, la récupération l’est souvent aussi. Des travaux suggèrent qu’un dérèglement prolongé de certains systèmes biologiques peut entretenir l’interaction défavorable entre sommeil perturbé, douleur persistante et récupération des capacités.


Cela constitue un élément de réflexion qui aide à comprendre pourquoi certaines douleurs persistent malgré des interventions physiques bien conduites.


Lorsque les nuits sont courtes ou non réparatrices, la récupération diminue et la douleur peut s’installer dans la durée.

Comprendre ce lien peut changer la façon d’interpréter un mal de dos.


Plutôt que d’y voir uniquement un dos « fragile », il peut être utile de se poser quelques questions :


  • Est-ce que je dors suffisamment ?

  • Suis-je reposé·e à mon réveil ?

  • Ma douleur est-elle plus intense après une mauvaise nuit ?


Ces pistes de réflexion peuvent parfois être plus révélatrices que les images médicales. S’attarder uniquement aux aspects mécaniques ou anatomiques sans tenir compte du sommeil revient souvent à n’agir que sur une seule pièce du casse-tête.


Trois repères pour mieux comprendre ce qui se joue


👉 Ne pas banaliser le sommeil

Dormir contribue directement à réguler la douleur.


👉 Observer les variations

Une douleur plus intense après une mauvaise nuit constitue souvent un indice précieux.


👉 Améliorer les habitudes de sommeil

Des stratégies simples — comme régulariser l’horaire de sommeil, optimiser l’environnement de la chambre et adopter une routine apaisante avant le coucher — peuvent favoriser un sommeil de meilleure qualité chez les personnes vivant avec douleur chronique.



Quand la nuit aide à mieux comprendre la douleur


Le sommeil joue un rôle essentiel dans l’équilibre du système nerveux et la capacité de récupération du corps.


Lorsqu’il se fragilise, la douleur peut gagner en intensité et en persistance. À l’inverse, améliorer la qualité du sommeil peut devenir un levier important, même lorsque le problème semble d’abord musculosquelettique.


Très souvent, comprendre la douleur commence par porter attention à ses nuits.



Pour aller plus loin, mes livres 99 façons de soulager les douleurs au dos et au cou et Plus jamais malade proposent d'autres contenus complémentaires.


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Merci de prendre soin de vous – et à très bientôt.


Denis



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Références


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Gupta CC, Sprajcer M, Johnston-Devin C, Ferguson SA. Sleep hygiene strategies for individuals with chronic pain: a scoping review. BMJ Open. 2023 Feb 2;13(2):e060401. doi: 10.1136/bmjopen-2021-060401. PMID: 36731933; PMCID: PMC9896248.


Runge N, Ahmed I, Saueressig T, Perea J, Labie C, Mairesse O, Nijs J, Malfliet A, Verschueren S, Van Assche D, de Vlam K, Van Waeyenberg T, Van Haute J, De Baets L. The bidirectional relationship between sleep problems and chronic musculoskeletal pain: a systematic review with meta-analysis. Pain. 2024 Nov 1;165(11):2455-2467. doi: 10.1097/j.pain.0000000000003279. Epub 2024 May 28. PMID: 38809241.


Silva S, Hayden JA, Mendes G, Verhagen AP, Pinto RZ, Silva A. Sleep as a prognostic factor in low back pain: a systematic review of prospective cohort studies and secondary analyses of randomized controlled trials. Sleep. 2024 May 10;47(5):zsae023. doi: 10.1093/sleep/zsae023. PMID: 38300526.

 
 

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