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Quel âge a vraiment votre corps?

23 sept.
5 min de lecture

Une prise de sang estime que votre corps a cinq ans de moins que votre âge réel. Une montre connectée, elle, lui en donne plutôt deux de plus.


Allez comprendre!


Bientôt, on ne saura plus quel âge inscrire sur votre prochain gâteau d'anniversaire.


Dans mon article d'aujourd'hui, je m'intéresse aux outils censés deviner le « vrai âge » d’une personne. On peut ausgrsi écouter ma chronique sur le même sujet en rattrapage, au micro de Pénélope McQuade, en cliquant ici.



Une horloge qui n’en est pas une


Dans mon travail de physiothérapeute, l’âge est l’un des facteurs à prendre en compte dans l’évaluation d’une personne. À 25, 55 ou 85 ans, les mêmes résultats ne s’interprètent pas nécessairement de la même façon.


Mais la date précise de notre naissance est-elle si déterminante? L’âge biologique nous en apprendrait-il davantage que l’âge chronologique, celui que nous utilisons par défaut? Les chercheurs s’intéressent de plus en plus à ces enjeux. Vous trouverez au bas de l'article mes références scientifiques.


Pour estimer l'âge biologique, des modèles statistiques ont donc été construits à partir de caractéristiques mesurables, les biomarqueurs. Ils peuvent être une valeur de pression artérielle, une molécule dans le sang ou la force musculaire. On croise ensuite ces données chez des milliers de personnes pour repérer celles qui varient le plus régulièrement avec l'âge. Et selon ce qu'on retient, la méthode ne capte pas nécessairement la même facette du vieillissement.


Ces mesures sont regroupées en trois catégories :

  • la capacité du corps;

  • les analyses biologiques, comme une prise de sang;

  • les mesures prises par des capteurs, comme ceux d’une montre connectée.


  1. L’âge des capacités


Depuis toujours, on estime l'âge d'une personne à partir de son apparence, surtout de son visage. On peut ensuite comparer cette impression à son âge chronologique.


Il existe heureusement une voie plus objective, moins sujette aux stéréotypes, et tout de même assez simple : prendre en compte certaines capacités physiques, comme la force de préhension, la vitesse de marche ou la capacité cardiorespiratoire à l'effort.


Ces mesures reflètent nos capacités physiques réelles et prédisent parfois mieux certains aspects de la santé — et même le risque de décès — que l'âge chronologique.


On peut aussi facilement comparer les résultats obtenus à des valeurs de référence tirées d'études épidémiologiques. Ces mesures nous en disent toutefois assez peu sur les mécanismes du vieillissement lui-même.


  1. Lire les traces sur l’ADN


En recherche sur le vieillissement, on parle souvent d'« horloges » : des modèles statistiques qui tentent de situer le corps dans le temps, un peu comme une aiguille sur un cadran.


Les plus étudiées analysent de petites marques chimiques sur l'ADN, les méthylations. Elles ne changent rien à nos gènes — pensez à des Post-its collés sur un texte, qui n'en modifient pas les mots. Leur nombre et leur emplacement bougent avec l'âge. Certains modèles s'en servent pour estimer l'âge biologique, d'autres pour donner une idée de la vitesse à laquelle une personne vieillit.


Une horloge doit être fiable et reproductible : deux analyses du même échantillon devraient donner des résultats semblables. On n'en demande pas moins à un thermomètre ou à un pèse-personne. Mais impossible d’évaluer soi-même la qualité d’une méthode au doigt mouillé.


  1. Quand notre poignet divulgue notre âge

Les capteurs offrent une autre porte d’entrée vers l’âge biologique, notamment ceux qu’on trouve dans les montres connectées. La plupart reposent sur la photopléthysmographie : une lumière éclaire le poignet, un capteur en mesure le reflet. Les variations de ce reflet permettent d’estimer les changements de volume sanguin à chaque battement du cœur — un indicateur de la souplesse des artères et de la régulation cardiaque.


Dans une étude menée auprès de plus de 200 000 personnes, des chercheurs ont entraîné un algorithme à partir des données d'une montre connectée pour reconnaître des caractéristiques liées à l'âge. Chez les personnes en bonne santé, l'estimation tombait à environ 2,4 ans de l'âge chronologique; dans la population générale, à environ 3,2 ans.


Un écart de six ans, où l'âge biologique dépasse l'âge chronologique, serait lié à un risque accru de :

  • 46 % pour les maladies cardiovasculaires;

  • 62 % pour l'hypertension, même en tenant compte d'autres facteurs de risque.


Il s'agit là d'associations statistiques, pas de liens de cause à effet.


Quelques années de moins… mais encore ?


Qu'apprend-on d'un écart de quelques années entre nos deux âges? Est-ce que cet écart vaut la même chose à 25 ans qu'à 85? Un âge biologique avantageux nous fait-il vivre plus longtemps, ou simplement en meilleure santé?


Ces questions restent sans réponse claire. Cela ne les empêche pas d'être fascinantes, autant pour nous que pour les promoteurs du marché de la longévité qui vaut des milliards. Les intérêts commerciaux brouillent parfois le message sur la santé : bon à garder en tête avant de sortir la carte de crédit.


Tout cela n’enlève rien à l’intérêt scientifique de ces outils. Ces mesures restent associées à certains risques pour la santé et peuvent servir à étudier le vieillissement ou à voir si une intervention, notamment en physiothérapie ou en médecine, en modifie certains aspects.


Qui dit vrai?


Il n'existe pas un « vrai âge » biologique unique qu'un de ces outils aurait fini par découvrir. Capacités physiques, marques chimiques sur l'ADN, signaux captés au poignet : chaque méthode s'intéresse à une facette différente du vieillissement, et leurs résultats peuvent parfois même se contredire.


Il faut aussi distinguer l’âge biologique de la vitesse de vieillissement. L’un dit où on en est, l’autre à quel rythme on avance. Et ces deux données peuvent servir de motivation supplémentaire pour prendre soin de soi et adopter de saines habitudes de vie. Un avantage qui fait probablement l'unanimité.



Trois réflexes avant d’interpréter son âge biologique

  1. Ne comparez pas des pommes et des oranges. Une prise de sang et une montre ne mesurent pas nécessairement la même chose. Mieux vaut suivre un même outil dans le temps que comparer deux technologies.

  2. Demandez-vous si l’outil est reproductible. S’il donne des résultats différents sans raison biologique évidente, mieux vaut peut-être prendre les résultats avec un grain de sel.

  3. Rappelez-vous que certains des indicateurs les plus utiles sont peut-être ceux que votre corps vous envoie : niveau d’énergie, qualité du sommeil, capacités physiques, essoufflement, etc.


Pour aller plus loin, mes livres Lève-toi et marche et Plus jamais malade proposent d'autres contenus complémentaires.


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Merci de prendre soin de vous – et à très bientôt.


Denis



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Références


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Moqri M, Herzog C, Poganik JR; Biomarkers of Aging Consortium; Justice J, Belsky DW, Higgins-Chen A, Moskalev A, Fuellen G, Cohen AA, Bautmans I, Widschwendter M, Ding J, Fleming A, Mannick J, Han JJ, Zhavoronkov A, Barzilai N, Kaeberlein M, Cummings S, Kennedy BK, Ferrucci L, Horvath S, Verdin E, Maier AB, Snyder MP, Sebastiano V, Gladyshev VN. Biomarkers of aging for the identification and evaluation of longevity interventions. Cell. 2023 Aug 31;186(18):3758-3775. doi: 10.1016/j.cell.2023.08.003. PMID: 37657418; PMCID: PMC11088934.


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