Protéger son plancher pelvien à tout âge : prévenir, activer et respirer
- Denis Fortier

- 6 nov.
- 6 min de lecture

Les fuites urinaires ne sont pas qu’une histoire de muscles fatigués ; elles traduisent aussi notre mode de vie, nos habitudes et la façon dont nous sollicitons notre corps — que ce soit au travail (lors d’efforts répétés ou de longues heures en position assise), pendant l’activité physique, la grossesse, à la suite d’une intervention chirurgicale, ou encore dans un contexte de problème de prostate. Les changements hormonaux peuvent également y contribuer.
On en parle encore trop peu, alors qu’elles peuvent toucher presque tout le monde, femmes et hommes, à un moment ou à un autre de la vie. Ce manque d’échanges est d’autant plus regrettable que plusieurs facteurs de risque sont modifiables ; autrement dit, il existe de nombreuses façons d’agir pour en réduire la fréquence ou en atténuer les effets.
Dans mon article d’aujourd’hui, je vous propose de mieux comprendre comment certaines habitudes et situations du quotidien influencent la santé du plancher pelvien — en m’appuyant sur des revues scientifiques récentes et sur l’expérience clinique.
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Les effets du poids et de la pression abdominale
Parler de risques ne revient pas à pointer du doigt, mais à comprendre ce qui influence la santé du plancher pelvien. Certaines situations, souvent discrètes au quotidien, exercent sans qu’on s’en rende compte une pression supplémentaire sur cette région du corps. Les reconnaître, c’est déjà se donner la possibilité d’agir plus tôt, avec des choix éclairés plutôt que des interdits.
Une revue systématique récente a confirmé ce que les cliniciens observent depuis longtemps : le surpoids et l’obésité comptent parmi les principaux facteurs de risque. Une augmentation de la pression abdominale, liée à un excès de masse adipeuse, amène le plancher pelvien à compenser en travaillant davantage pour maintenir la continence. Avec le temps, cette surcharge peut affaiblir à la fois les muscles et les tissus de soutien de la région pelvienne.
Ces résultats rejoignent ceux d’une vaste étude internationale menée auprès d’adultes plus âgés : le risque d’incontinence augmente avec la prise de poids chez les femmes, tandis qu’il suit une courbe en U chez les hommes, plus élevé en cas d’obésité marquée ou de maigreur importante. Le poids agit donc comme un facteur à la fois mécanique et métabolique, dont l’effet varie selon le sexe et l’âge.
Les questions de poids sont sensibles et parfois culpabilisantes. L’objectif n’est pas d’accuser, mais d’informer : bouger davantage, respirer efficacement et s’alimenter de façon équilibrée sont trois leviers de prévention simples, bénéfiques pour la santé urinaire autant que pour la santé cardiovasculaire et articulaire.
Le risque d’incontinence augmente avec la prise de poids chez les femmes, tandis qu’il suit une courbe en U chez les hommes, plus élevé en cas d’obésité marquée ou de maigreur importante.
Mieux gérer les efforts et les habitudes du quotidien
D’autres facteurs tiennent davantage à la gestion de l’effort et du mouvement. Une vie très sédentaire, où l’on reste longtemps assis, réduit le tonus du tronc et du bassin : le plancher pelvien perd alors une partie de son soutien naturel. Bouger, c’est aussi apprendre à activer ce plancher pelvien au bon moment — sans forcer ni bloquer la respiration. Cette activation douce et coordonnée favorise la stabilité et la souplesse à tout âge.
À l’inverse, une toux chronique — causée par le tabac, des allergies ou une maladie respiratoire — provoque des pressions répétées sur cette zone, comparables à de petits chocs internes. La constipation fréquente agit de la même manière : chaque effort pour évacuer augmente la pression abdominale. Pris isolément, ces facteurs peuvent sembler mineurs ; mais sur la durée, ils fatiguent les muscles et les tissus de soutien du plancher pelvien.
Certaines habitudes de vie perturbent aussi le fonctionnement naturel de la vessie. Boire trop peu d’eau concentre les urines et irrite la paroi vésicale, ce qui amplifie les envies pressantes. À l’inverse, se retenir trop longtemps avant d’uriner — ou aller aux toilettes “par précaution” à répétition — dérègle le cycle normal de remplissage et de vidange. Ces comportements, souvent adoptés pour se rassurer ou par manque de temps, brouillent progressivement les signaux internes : la vessie devient plus sensible, moins tolérante, et sa coordination avec les muscles pelviens s’altère peu à peu.
Après l’accouchement : un moment charnière
La période post-partum mérite une attention particulière. Le corps y traverse de profonds ajustements — hormonaux, musculaires et émotionnels. Une revue systématique récente montre qu’un programme d’exercices progressifs et bien encadrés réduit de façon notable la fréquence des fuites urinaires au cours de la première année suivant l’accouchement.
Les exercices du plancher pelvien, intégrés à une reprise graduelle des activités cardiovasculaires et de renforcement global, favorisent une récupération plus harmonieuse. Le mouvement régulier aide les tissus à retrouver leur élasticité, améliore la coordination entre la respiration et la contraction musculaire, et prévient la persistance de symptômes.
Ce moment de vie illustre bien l’essence même de la prévention : le corps possède une remarquable capacité d’adaptation, pour peu qu’on l’accompagne avec douceur et constance. L’idée n’est pas de nier la possibilité de retrouver certaines capacités d’avant, mais de redonner confiance à un corps transformé, en respectant son rythme et ses signaux.
Une toux chronique — causée par le tabac, des allergies ou une maladie respiratoire — provoque des pressions répétées, comparables à de petits chocs internes. La constipation fréquente agit de la même manière : chaque effort pour évacuer augmente la pression abdominale.
L’importance de l’activité physique tout au long de la vie
Les auteurs d'une autre revue rappellent que la diversité des exercices compte autant que leur intensité. Le plancher pelvien ne travaille jamais seul : il interagit avec les muscles du tronc, du dos et des hanches, et ce, dans des postures et des contextes de mouvement variés.
Marcher d’un bon pas, faire du yoga, pratiquer des exercices d’équilibre ou de renforcement léger — toutes ces activités contribuent à maintenir une bonne coordination entre respiration, posture et contrôle pelvien. En avançant en âge, elles deviennent de précieuses alliées : elles soutiennent la stabilité du bassin, entretiennent la souplesse et préviennent la perte de tonus. Ce n’est pas l’effort extrême qui protège, mais la régularité, la variété et la conscience du mouvement.
Des gestes simples, des effets durables
Prévenir les fuites urinaires, c’est avant tout adopter une approche globale :
Bouger régulièrement, en misant sur la constance plutôt que sur la performance.
Respirer librement pendant l’effort, sans bloquer le diaphragme ni “forcer” la sangle abdominale.
Prendre soin de son transit et de sa toux, deux ennemis souvent sous-estimés, qui augmentent la pression sur la région pelvienne.
Activer les muscles du plancher pelvien sans excès : ce n’est pas un concours de force. Savoir les relâcher est tout aussi essentiel pour préserver leur souplesse et leur coordination.
Consulter en prévention, et non seulement lorsque les symptômes apparaissent.
Au Canada, une évaluation peut être réalisée par un ou une physiothérapeute spécialisé.e en rééducation périnéale ; en France et dans plusieurs pays d’Europe, par un ou une kinésithérapeute formé·e à la rééducation du plancher pelvien. Ces professionnel·le·s évaluent la fonction musculaire, enseignent les bons réflexes respiratoires, utilisent au besoin la thérapie manuelle et d’autres approches complémentaires, et proposent un programme d’intervention adapté à chaque situation de vie.
La diversité des exercices compte autant que leur intensité. Le plancher pelvien ne travaille jamais seul : il interagit avec les muscles du tronc, du dos et des hanches, et ce, dans des postures et des contextes de mouvement variés.
L’essentiel à retenir
Protéger son plancher pelvien, c’est reconnaître qu’il fait partie intégrante de la santé. Mieux informés et mieux accompagnés, les hommes et les femmes de tout âge peuvent entretenir ce soutien invisible qui stabilise, protège et redonne confiance. En parler, c’est déjà commencer à le préserver.
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Denis
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Références
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