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Ce mécanisme méconnu qui bloque certains muscles !

  • Photo du rédacteur: Denis Fortier
    Denis Fortier
  • 16 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Il arrive qu’un muscle semble bloqué, alors qu’il est pourtant bien en place. Le mouvement paraît entravé, hésitant, parfois douloureux — au point qu’on peut même croire à une forme de raideur. Bien souvent, ce phénomène survient à l’insu de la personne, sans événement marquant ni explication évidente.


Ce mécanisme est assez fréquent, autant après une blessure que dans des situations plus courantes : douleur persistante, surcharge répétée, posture prolongée ou reprise de l’activité physique après une interruption. Il vous est peut-être déjà arrivé de le ressentir, sans bien cerner ce qui se jouait.


Dans mon article d’aujourd’hui, il sera question de mieux comprendre ce mécanisme par lequel le corps peut bloquer partiellement l’activation de certains muscles, d’examiner en quoi cela influence les capacités fonctionnelles et d’expliquer pourquoi le mouvement — et la stimulation par l’exercice — joue un rôle clé pour lever ce blocage, soulager la douleur et en réduire le risque de persistance.


On peut aussi écouter ma chronique sur les mêmes sujets, soit «le syndrome de la fesse morte», par ici.


Bonne lecture… et bon visionnement, si vous me suivez aussi sur YouTube !



Une inhibition, pas une faiblesse


Quand un muscle est bloqué ou inhibé, cela ne signifie pas qu’il est affaibli ou abîmé.

Il s’agit plutôt d’une restriction de son activation, comme si le système de contrôle du mouvement refusait de lui donner le feu vert complet.


On peut comparer cela à une porte automatique qui se referme dès qu’un capteur perçoit un danger. La porte fonctionne parfaitement, mais son accès est limité par un mécanisme de sécurité. Le muscle, lui aussi, est fonctionnel ; c’est son autorisation d’agir qui est temporairement réduite.


Ce type de blocage a été bien documenté après certaines blessures articulaires, notamment au genou. Une revue systématique récente montre que, même après une rééducation adéquate, l’activation du quadriceps peut demeurer freinée et compromettre la fonction.


En clinique, ce blocage se manifeste souvent par une contraction difficile à obtenir, une fatigue précoce ou une incapacité à produire un effort soutenu malgré une force apparente conservée. Bonne nouvelle : ces signes sont généralement réversibles lorsque l’on s’attaque au mécanisme en cause, plutôt qu’au muscle lui-même.

On peut comparer l'inhibition musculaire à une porte automatique qui se referme dès qu’un capteur perçoit un danger. La porte fonctionne parfaitement, mais son accès est limité par un mécanisme de sécurité.

Quand le blocage persiste


Dans le rythme de la vie quotidienne, ce mécanisme passe souvent inaperçu.

À court terme, il est protecteur : il limite les contraintes, réduit les mouvements perçus comme menaçants et favorise la récupération.


Mais lorsque ce mécanisme persiste au-delà de la phase de guérison, il devient contre-productif. Le muscle reste partiellement bloqué, le mouvement perd en fluidité et d’autres muscles doivent compenser. Avec le temps, cette stratégie peut mener à une diminution des capacités fonctionnelles, à une fatigue accrue des muscles sollicités en compensation et à une augmentation progressive des contraintes sur certaines structures, ce qui peut contribuer à l’apparition ou au maintien de la douleur.


Ce blocage ne concerne pas uniquement les suites de blessure. On l’observe aussi lors de mouvements évités par crainte de la douleur, après des périodes de non-usage, lors d’un retour prudent à l’effort, ou encore dans le maintien prolongé de certaines postures.



Douleur et verrouillage du mouvement


Dans ce contexte précis, la douleur joue un rôle central. Elle n’agit pas seulement comme un signal d’alerte, mais aussi comme un facteur de verrouillage du mouvement, en modulant la façon dont le corps autorise ou non l’activation musculaire.


Une méta-analyse récente montre que, chez les personnes vivant avec de la douleur, la commande du mouvement est modifiée, ce qui peut réduire l’activation musculaire volontaire. Les auteurs rapportent notamment des changements mesurables dans l’activité des zones impliquées dans le contrôle moteur, associés à une exécution moins efficace, et à une perte de fluidité du geste.


Autrement dit, le muscle n’est pas inactif par hasard. Il est retenu par un mécanisme de protection qui cherche à limiter ce que le corps perçoit comme risqué. Ici, le mot perçoit est essentiel : ce n’est pas toujours l’état réel des tissus qui dicte le mouvement, mais la manière dont la situation est interprétée par le système de contrôle du mouvement — parfois avec une prudence excessive, même lorsque les tissus sont en mesure de tolérer davantage.

La douleur n’agit pas seulement comme un signal d’alerte, mais aussi comme un facteur de verrouillage du mouvement, en modulant la façon dont le corps autorise ou non l’activation musculaire.

Débloquer sans forcer


La bonne nouvelle, c’est que ce blocage n’est pas définitif. Les mêmes travaux montrent que l’exercice — en tant que forme de stimulation motrice — peut modifier favorablement la commande du mouvement, à condition qu’il soit progressif, dosé et fonctionnel.


On peut imaginer un système de sécurité trop sensible : si on tente de le forcer, il se referme davantage. Mais si on le teste graduellement, il s’ajuste. Le corps fonctionne de la même façon. Il a besoin de mouvements rassurants, répétés et bien choisis pour lever le blocage.


C’est pourquoi des exercices ciblés permettent souvent d’améliorer la fonction sans chercher à augmenter la force à tout prix. En pratique, cette stratégie est parfois combinée à d’autres approches utilisées en physiothérapie, toujours dans l’objectif de faciliter l’activation musculaire et de redonner accès au mouvement.


Lorsque l’objectif est atteint, la sensation est souvent très révélatrice. Le mouvement gagne en fluidité et en précision, tout en devenant moins coûteux d’un point de vue énergétique. Certaines personnes décrivent une impression de légèreté, d’appui retrouvé ou de meilleure coordination, comme si le geste était enfin pleinement accessible. Ces changements sont utiles autant dans les activités de la vie quotidienne que dans le sport, mais aussi pour le maintien postural, où une activation plus juste permet de mieux répartir l’effort et de réduire la fatigue.

On peut imaginer un système de sécurité trop sensible : si on tente de le forcer, il se referme davantage. Mais si on le teste graduellement, il s’ajuste. Le corps fonctionne de la même façon.

En résumé


Les mécanismes qui inhibent certains muscles relèvent avant tout de stratégies de protection. Lorsqu’elles persistent au-delà de leur rôle initial, elles peuvent toutefois nuire à la qualité du mouvement et aux capacités fonctionnelles.


Les données récentes montrent que le mouvement, lorsqu’il est bien choisi, demeure l’un des moyens les plus efficaces pour lever ce blocage et restaurer la fonction.

Reconnaître ce mécanisme, c’est souvent déjà amorcer un retour vers un mouvement plus fluide, mieux coordonné et plus juste.



Pour aller plus loin, mes livres Lève-toi et marche et Plus jamais malade proposent d'autres contenus complémentaires.


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Merci de prendre soin de vous – et à très bientôt.


Denis



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Références


Paço M, Peysson M, Dumont E, Correia M, Quialheiro A, Chaves P. The Effect of Physiotherapy on Arthrogenic Muscle Inhibition After ACL Injury or Reconstruction: A Systematic Review. Life (Basel). 2024 Dec 2;14(12):1586. doi: 10.3390/life14121586. PMID: 39768294; PMCID: PMC11678747.


Pimenta DC, Cardenas-Rojas A, Camargo L, Lima D, Kelso J, Navarro-Flores A, Pacheco-Barrios K, Fregni F. Exercise effects on cortical excitability in pain populations: A systematic review and meta-analysis. Physiother Res Int. 2024 Jul;29(3):e2102. doi: 10.1002/pri.2102. PMID: 38861661.



 
 
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