Mâchoire : 5 clés pour comprendre la douleur et les blocages
- Denis Fortier

- il y a 7 jours
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 jours

La mâchoire est une région compacte, mais remarquablement complexe. Lorsqu’elle devient douloureuse, qu’elle craque ou qu’elle se bloque, on a souvent l’impression que quelque chose cloche, sans trop savoir quoi. Et comme elle est essentielle pour parler, manger, chanter, rire ou bâiller — bref, pour une multitude de gestes du quotidien — le moindre inconfort peut rapidement devenir envahissant.
Dans mon article d’aujourd’hui, je vous propose de regarder de plus près ce qui se trouve à l’intérieur de la mâchoire et tout autour d’elle : des structures anatomiques bien réelles, souvent méconnues, qui peuvent contribuer à la douleur, aux craquements ou à la sensation de blocage.
Si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite aussi à consulter ma chaîne YouTube, où je parle de la mâchoire, de son lien avec la région cervicale haute, les maux de tête et les tensions du cou, ainsi que de ce qui peut aider lorsqu’elle devient sensible ou capricieuse.
Les ligaments : gardiens de la stabilité

ÀàLorsqu’on parle de la mâchoire, on pense spontanément aux muscles qui permettent de mâcher. Pourtant, les ligaments jouent un rôle tout aussi essentiel. Ils stabilisent l’articulation temporo-mandibulaire et guident ses mouvements, un peu comme des haubans qui maintiennent un mât bien aligné.
Parmi les plus importants, on retrouve le ligament temporo-mandibulaire, qui relie l’os temporal du crâne à la mandibule. Il agit comme un garde-fou en limitant les mouvements excessifs vers l’arrière et en protégeant l’articulation lors des ouvertures rapides ou amples, par exemple lors d’un bâillement ou d’un choc inattendu.
Un autre ligament clé est le ligament sphéno-mandibulaire, qui s’étend depuis la base du crâne jusqu’à la face interne de la mâchoire. Le terme « sphéno » fait référence à l’os sphénoïde, un os central situé profondément à la base du crâne. Ce ligament contribue à la suspension et au guidage fin du mouvement mandibulaire.
Lorsque les ligaments sont sursollicités — par exemple lors de serrements de dents fréquents, de tensions prolongées liées au stress ou de mouvements forcés — ils peuvent devenir sensibles et limiter l’ouverture de la bouche.
Ils peuvent aussi être irrités lors d’un traumatisme, comme un coup au visage, une chute ou un accident de voiture, entraînant douleur et raideur transitoires.
Ces deux muscles peuvent devenir sensibles en contexte de stress, de surcharge ou de sollicitations répétées.scientifiques récentes montrent que ces réactions correspondent le plus souvent à des mécanismes de protection des tissus péri-articulaires, et non à des lésions irréversibles. C’est pourquoi les stratégies privilégiées en première intention misent sur des mesures simples et réversibles : information, ajustement temporaire des habitudes et reprise graduée de mouvements contrôlés.
La bonne nouvelle : les ligaments répondent généralement bien aux mouvements progressifs, contrôlés et bien dosés, combinés à une réduction temporaire des surcharges, plutôt qu’au repos complet ou aux gestes brusques.
Le disque articulaire : le « coussin » interne

À l’intérieur de l’articulation de la mâchoire se trouve un disque articulaire, un petit coussin fibrocartilagineux qui agit à la fois comme amortisseur et comme guide du mouvement. On le compare parfois au ménisque du genou — l’analogie est imparfaite, mais aide à comprendre son rôle.
Concrètement, lors de l’ouverture de la bouche, ce disque accompagne le condyle de la mandibule : il pivote d’abord légèrement, puis glisse vers l’avant en même temps que la mâchoire.
Ce mouvement coordonné permet une ouverture fluide, sans frottement excessif ni surcharge localisée. Voici en vidéo le mouvement du disque articulaire:
Lorsque ce disque ne se déplace plus de façon optimale, certaines personnes ressentent des craquements, une sensation d’accrochage ou un blocage transitoire. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce type de situation n’est pas systématiquement grave.
Dans la majorité des cas, l’amélioration passe par des mesures simples et concrètes : éviter temporairement les ouvertures maximales (bâillements forcés, aliments très volumineux), ralentir les mouvements de mâchoire, privilégier une ouverture symétrique et non douloureuse, et réduire les comportements de surcharge comme le serrement de dents.
Une rééducation en physiothérapie peut aussi être utile pour redonner une meilleure dynamique à la mâchoire, notamment en travaillant la coordination et le relâchement des muscles qui influencent le déplacement du disque.
Ces stratégies graduées et actives sont bien soutenues par la littérature scientifique, qui montre qu’une prise en charge axée sur l’éducation, le mouvement et la fonction est efficace pour réduire la douleur et améliorer le fonctionnement de la mâchoire.
Sur le plan biomécanique, il est important de comprendre que le disque n’est pas « coincé » en permanence : son comportement est dynamique et étroitement lié à la façon dont la mâchoire est sollicitée au quotidien.
Les muscles profonds… au cœur de la mâchoire

Certains muscles responsables de la précision du mouvement sont situés profondément, au cœur de la mâchoire. C’est le cas notamment des muscles ptérygoïdiens médial et latéral, qui jouent un rôle clé dans l’ouverture, la fermeture et les ajustements fins de la mâchoire.
Le muscle ptérygoïdien médial, situé du côté interne de la mâchoire, contribue principalement à la fermeture et à la stabilité lors de la mastication.
Le muscle ptérygoïdien latéral, quant à lui, participe activement au glissement vers l’avant de la mâchoire lors de l’ouverture, ainsi qu’à la coordination des mouvements latéraux. C’est aussi le seul muscle qui s’attache directement au disque articulaire, ce qui lui confère un rôle particulier dans la dynamique de l’articulation.
Ces deux muscles peuvent devenir sensibles en contexte de stress, de surcharge ou de sollicitations répétées.
Comme ils sont profonds, la douleur est parfois mal localisée ou difficile à décrire — certaines personnes parlent d’une douleur « à l’intérieur », près de l’oreille ou du fond de la bouche.
Des exercices doux, une meilleure conscience du relâchement de la mâchoire et une réduction temporaire des surcharges peuvent faire une différence significative.
Les muscles superficiels : puissants… et parfois trop sollicités

En complément des muscles profonds, plusieurs muscles superficiels, situés à l’extérieur de la mâchoire, assurent la force de la mastication. Ce sont souvent eux qui deviennent tendus, fatigués ou douloureux lors de serrements de dents, de mastication prolongée ou de périodes de stress soutenu.
Le masséter, par exemple, est l’un des muscles les plus puissants du corps humain en proportion de sa taille : il permet de fermer la bouche avec force.
Le muscle temporal, large et en éventail sur le côté du crâne, contribue aussi à la fermeture et à la stabilisation de la mâchoire, notamment lors des efforts soutenus.

Dans ce contexte de surcharge ou de tension prolongée, la sensation ressentie est parfois celle d’une lourdeur, d’une douleur diffuse ou d’une fatigue musculaire en fin de journée, parfois plus marquée d’un côté que de l’autre.
Ici encore, l’objectif n’est pas d’« arrêter d’utiliser sa mâchoire », mais de mieux répartir la charge : varier temporairement les textures alimentaires, éviter la gomme, relâcher consciemment la mâchoire durant la journée et intégrer des mouvements doux. Des automassages lents, avec les doigts ou la paume, sur les joues et les tempes, peuvent contribuer à diminuer la tension accumulée.
Être accompagné par un professionnel de la physiothérapie peut aussi aider à mieux comprendre les facteurs de surcharge, à adapter les mouvements et à rétablir progressivement une fonction plus confortable et efficace.
Un mouvement d’ouverture… plus complexe qu’il n’y paraît
Ouvrir la bouche n’est pas un simple mouvement de charnière. Il s’agit d’une combinaison précise de rotation et de glissement. Un blocage peut survenir à l’ouverture, à la fermeture, ou dans les deux sens, d’un seul ou des deux côtés, et le mouvement peut aussi devenir asymétrique.
Un exercice simple permet d’en prendre conscience : devant un miroir, placez doucement vos doigts sur les articulations de chaque côté de la mâchoire, juste devant les oreilles. Ouvrez et fermez la bouche très lentement, sur une petite amplitude.
Vous pourrez alors parfois sentir un glissement irrégulier, un décalage d’un côté, ou entendre des bruits de type « clic » ou « cloc », qui traduisent une coordination momentanément moins fluide du mouvement.
C’est pourquoi les exercices de mâchoire gagnent à être lents, précis et contrôlés. On privilégie d’abord la qualité et la symétrie du mouvement, avant d’augmenter graduellement l’amplitude.
En physiothérapie, il existe aussi des méthodes d’évaluation spécifiques permettant de mesurer l’ouverture de la bouche, la symétrie du mouvement et l’impact fonctionnel des symptômes sur les activités du quotidien. Ces outils aident à orienter les interventions de façon ciblée, progressive et adaptée à chaque personne.
En conclusion
La mâchoire est un véritable carrefour anatomique, où ligaments, muscles, disque et coordination fine travaillent ensemble. Lorsqu’un élément se dérègle, ce n’est généralement pas tout le système qui « lâche », mais plutôt l’équilibre global de cette mécanique subtile qui se trouve perturbé.
Mieux comprendre ce qui se passe à l’intérieur de la mâchoire permet souvent de diminuer l’inquiétude, d’adopter de meilleurs réflexes et de redonner graduellement de la fluidité au mouvement. Cela permet aussi de reconnaître plus tôt les situations où une prise en charge en physiothérapie peut être nécessaire, afin d’éviter qu’un trouble souvent réversible ne s’installe inutilement dans le temps grâce à une stratégie thérapeutique adaptée.
Pour aller plus loin, mes livres Lève-toi et marche et Plus jamais malade proposent d'autres contenus complémentaires.
On peut aussi s’abonner gratuitement à mon infolettre et recevoir chaque semaine des conseils pratiques et du contenu exclusif.
Merci de prendre soin de vous – et à très bientôt.
Denis
Davantage de contenus
Vous trouverez d'autres contenus sur mes différentes plateformes:
Mon infolettre à laquelle vous pouvez vous abonner gratuitement
Mes livres
Ma page Facebook
Ma chaîne YouTube.
Les photos sont tirées du site Shuterstock.
Références
Bijelic T, Michelotti A, Bucci R, Del Sorbo D, Ekberg E, Häggman-Henrikson B. Self-Management Therapies for Temporomandibular Disorders-Evidence From Systematic Reviews. J Oral Rehabil. 2026 Jan;53(1):265-281. doi: 10.1111/joor.70074. Epub 2025 Oct 8. PMID: 41058307; PMCID: PMC12705301.
González-Sánchez B, García Monterey P, Ramírez-Durán MDV, Garrido-Ardila EM, Rodríguez-Mansilla J, Jiménez-Palomares M. Temporomandibular Joint Dysfunctions: A Systematic Review of Treatment Approaches. J Clin Med. 2023 Jun 20;12(12):4156. doi: 10.3390/jcm12124156. PMID: 37373852; PMCID: PMC10299279.
Hatfield, E. (2024). An Overview of Diagnosis and Management of Temporomandibular Disorders. Journal of the California Dental Association, 52(1). https://doi.org/10.1080/19424396.2024.2400419
Yao L, Sadeghirad B, Li M, Li J, Wang Q, Crandon HN, Martin G, Morgan R, Florez ID, Hunskaar BS, Wells J, Moradi S, Zhu Y, Ahmed MM, Gao Y, Cao L, Yang K, Tian J, Li J, Zhong L, Couban RJ, Guyatt GH, Agoritsas T, Busse JW. Management of chronic pain secondary to temporomandibular disorders: a systematic review and network meta-analysis of randomised trials. BMJ. 2023 Dec 15;383:e076226. doi: 10.1136/bmj-2023-076226. Erratum in: BMJ. 2024 Jan 30;384:q253. doi: 10.1136/bmj.q253. PMID: 38101924.
