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Et si on sous-estimait le sens le plus utile au mouvement?

  • Photo du rédacteur: Denis Fortier
    Denis Fortier
  • 15 janv.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


On parle souvent de muscles, d’articulations, de posture ou de cardio. Mais il existe un sens, omniprésent et discret, sans lequel le mouvement perdrait une grande part de sa précision et de sa fluidité : le toucher. Il est là du matin au soir. Il intervient quand on ajuste la prise sur un sac un peu trop lourd, quand on se retourne après avoir senti une main sur l’épaule, ou encore quand on marche dans l’obscurité sans avoir besoin d’allumer la lumière — autant de preuves que le toucher nourrit notre capacité à bouger avec justesse, pendant que notre attention est ailleurs.


Dans mon article d’aujourd’hui, je vous propose de redonner au toucher sa juste place dans notre relation au mouvement et au corps : comme une composante structurante du contrôle moteur, de l’apaisement de la douleur et, plus largement, de la façon dont nous habitons notre corps au quotidien.


Je vous souhaite une bonne lecture. Et si le sujet vous interpelle, je vous invite aussi à visiter ma chaîne YouTube, où je propose régulièrement des contenus pratiques pour mieux comprendre le corps… et mieux en prendre soin.



Une information avant un geste


Le toucher est étroitement intégré à nos autres sens et à de nombreuses fonctions du cerveau. Il participe à la planification du mouvement, à son ajustement en temps réel et à la perception de l’effort. Chaque pression, chaque étirement, chaque effleurement ou contact soutenu envoie une information au système nerveux, qui s’en sert pour doser, adapter ou corriger ce que nous faisons.


Sans ces informations tactiles, le mouvement devient imprécis. Un peu comme essayer d’écrire avec un stylo dont on ne sentirait plus la pointe. La main bouge toujours, mais le geste n’est plus pleinement maîtrisé ni efficient.


Les données scientifiques récentes confirment d’ailleurs que les interventions basées sur le toucher produisent des effets mesurables et cliniquement utiles.

Une vaste méta-analyse regroupant plus de 130 études et près de 13 000 participants montre que le toucher — qu’il s’agisse de massage thérapeutique, de contact manuel structuré, de toucher doux répété ou de soins peau à peau — est associé à une réduction significative de la douleur, avec un effet de taille modéré à élevé, ainsi qu’à une diminution du stress physiologique, notamment par une baisse mesurable du cortisol, l’hormone du stress.


Chez les adultes, les bénéfices observés concernent particulièrement la douleur, la fatigue et la capacité à mieux tolérer certaines situations physiques exigeantes, surtout lorsque le toucher est intégré à une intervention active, par exemple lorsqu’il accompagne un exercice, un mouvement guidé ou une tâche fonctionnelle. Autrement dit, le toucher n’agit pas en vase clos : il devient d’autant plus efficace lorsqu’il accompagne le mouvement plutôt que lorsqu’il le remplace.


Toucher et douleur : changer le contexte


En physiothérapie, on observe quotidiennement que la douleur et la tolérance au mouvement ne dépendent pas uniquement des tissus blessés ou du mouvement lui-même. Elles sont aussi influencées par l’environnement sensoriel dans lequel ce mouvement est réalisé.


Le toucher peut faire partie de cet environnement, à travers différentes informations : pression, étirement, résistance ou contact prolongé. Par exemple, lors d’un exercice de stabilisation lombaire chez une personne souffrant de douleur au dos, un contact léger au niveau de l’abdomen ou du bassin, par le physiothérapeute, peut aider à mieux percevoir l’activation musculaire recherchée. Le mouvement devient alors plus clair et plus facilement contrôlé par la personne — non pas parce que la douleur disparaît, mais parce que le corps reçoit des informations plus cohérentes provenant d’une région parfois mal connue… ou involontairement mise à distance.


Le toucher agit alors comme un éclairage bien dosé dans une pièce : les meubles n’ont pas changé, mais on se cogne moins qu’en pleine obscurité.


La proprioception, pour sa part, correspond à la capacité du corps à percevoir sa position et ses mouvements.


La proprioception s’appuie sur plusieurs sources d’information — muscles, articulations, oreille interne — auxquelles le toucher, par l’intermédiaire des informations tactiles cutanées, contribue activement.

En enrichissant ces repères sensoriels, le toucher aide le corps à mieux se situer, à se stabiliser et à bouger avec davantage de confiance.



Les pieds : une interface sous-estimée


Grâce au toucher, la plante du pied constitue une interface sensorielle majeure entre le corps et le sol. Elle capte en continu les pressions, la répartition des charges et les micro-variations d’appui, puis transmet ces informations au système nerveux central. Ces signaux cutanés renseignent le corps sur la qualité du contact avec le sol et participent à l’ajustement postural.


Plusieurs travaux montrent que la qualité de l’information tactile provenant de la plante du pied influence directement l’équilibre et la stabilité posturale.

Lorsque cette information est modifiée, appauvrie ou enrichie, les stratégies de contrôle postural s’en trouvent affectées.


Sur le plan clinique, des interventions visant à stimuler spécifiquement le toucher plantaire — notamment par des exercices de stimulation sensorielle de la plante du pied et du tronc — ont démontré des améliorations mesurables de l’équilibre chez des adultes plus âgés.


L’objectif n’est pas de promouvoir un outil, une orthèse ou un accessoire en particulier, mais de rappeler que la stimulation tactile plantaire, par le contact avec différentes surfaces, la variation des appuis ou des exercices réalisés pieds nus, constitue un levier thérapeutique pertinent. Le toucher ne se limite pas à une sensation locale : il s’inscrit dans une intégration sensorielle plus large et influence la manière dont le corps s’organise pour rester stable et efficace dans le mouvement.


Un pied bien informé, si je puis dire, c’est un peu comme un GPS à jour : il ne décide pas du trajet, mais il aide à éviter bien des détours inutiles.



Du contrôle postural au mouvement fluide


Les informations tactiles ne servent pas uniquement à rester debout ou à éviter la chute. Elles accompagnent aussi les mouvements plus dynamiques, lorsque le corps doit ajuster en continu ses appuis, son rythme et sa coordination.


En course à pied, le toucher du sol influence la perception de l’impact, le rythme et l’économie du mouvement. En danse, il guide le transfert du poids, la fluidité et la coordination.

Dans les deux cas, le sol n’est pas qu’un support : il fournit une information sensorielle essentielle à l’organisation du geste.


En danse, le mouvement ne se synchronise pas uniquement à la musique. Il s’ajuste aussi en fonction des sensations corporelles. Le toucher, combiné à la proprioception, aide le système nerveux à traduire le rythme musical en action motrice. La musique donne le tempo, le toucher fournit des repères sensoriels, et les réseaux sensorimoteurs du cerveau assurent la coordination du geste.


Des travaux en neurosciences du mouvement montrent que la synchronisation rythmique repose sur une intégration étroite entre les informations auditives et somatosensorielles, c’est-à-dire l’ensemble des sensations provenant du corps, incluant le toucher, la pression et la position des segments corporels. Cette intégration permet un ajustement précis du rythme et de la coordination.


En danse à deux, le toucher du partenaire devient central. Les points de contact — mains, bras, tronc — servent de canaux d’information pour synchroniser deux corps en mouvement. La stimulation tactile facilite l’anticipation, l’ajustement du rythme et la coordination. Le mouvement se construit alors autant à partir de ce que l’on fait que de ce que l’on perçoit chez l’autre.



Une dimension humaine à ne pas négliger


Sans sortir de mon champ de compétence de physiothérapeute, il est difficile d’ignorer que le toucher possède aussi une dimension émotionnelle. La douleur persistante, la peur du mouvement ou la perte de confiance corporelle s’accompagnent fréquemment de stress, d’inquiétude ou d’une diminution du sentiment d’efficacité personnelle.


En physiothérapie, nous n’évaluons ni ne traitons spécifiquement l’anxiété ou la dépression. En revanche, nous travaillons quotidiennement avec des personnes dont le corps est exposé à ces états.


Le toucher — qu’il provienne du contact avec le sol, d’un appui ou d’un contact facilitant — peut alors agir comme un repère sensoriel, parfois perçu comme un signal de sécurité.

La littérature scientifique montre que certaines formes de toucher, en particulier le toucher lent et non menaçant, activent des voies sensorielles impliquées dans la régulation du stress, la perception corporelle et l’interoception, c’est-à-dire la capacité à percevoir les signaux internes du corps. Ces mécanismes n’agissent pas directement sur les troubles psychologiques, mais influencent la manière dont le corps interprète et tolère l’expérience physique.


Sur un plan plus fonctionnel, le toucher est aussi utilisé en physiothérapie comme outil facilitateur du mouvement. Par exemple, pour favoriser l’activation d’un muscle affaibli — notamment en contexte neurologique ou dégénératif — une stimulation tactile simple, comme un frottement bref et ciblé de la peau au-dessus du muscle, peut aider à faire émerger une contraction. Ce principe est également utilisé très tôt en clinique, notamment auprès des bébés nés prématurément, où le toucher joue un rôle central dans le développement sensoriel et moteur.


Sentir à nouveau une réponse, même légère, constitue souvent une expérience concrète et encourageante. Constater que le corps peut encore répondre devient alors un levier d’engagement puissant, sans pour autant relever d’une intervention psychologique.



3 conseils express pour se réapproprier et tirer profit du sens du toucher


Le toucher n’est pas réservé aux soins ni aux exercices encadrés. Il peut aussi être mobilisé simplement, au quotidien, pour améliorer la qualité du mouvement et la relation au corps. Voici trois pistes faciles à mettre en pratique.



1. Varier volontairement les contacts avec le sol


Marcher pieds nus à la maison, changer de surface (tapis, plancher, gazon, sable, comme à la plage), ou simplement porter attention à la façon dont le pied entre en contact avec le sol permet d’enrichir l’information tactile. Plus le pied reçoit d’informations, plus le corps dispose de repères pour ajuster posture et équilibre.



2. Utiliser le toucher comme guide pendant un mouvement


Lors d’un exercice ou d’un mouvement plus exigeant, placer une main sur la région qui travaille — abdomen, cuisse, épaule — peut aider à mieux sentir l’activation recherchée. Ce contact simple agit comme un rappel sensoriel et facilite un contrôle plus fin du geste.



3. Ralentir pour mieux sentir


Le toucher est plus facile à percevoir lorsque le mouvement est ralenti. Prendre le temps d’exécuter un geste plus lentement, en portant attention aux appuis, aux pressions et aux transitions, permet souvent de retrouver des sensations mises de côté par la douleur ou la précipitation.



En quelques mots


Le toucher n’a rien d’accessoire lorsqu’il s’agit de se réapproprier un mouvement, de le rééduquer, d’améliorer ses performances ou de préserver sa forme et sa santé avec l’avancée en âge. Il façonne notre relation au mouvement, à la douleur, à l’équilibre et à l’environnement. Qu’il passe par les mains, les pieds ou par le contact de la peau du dos avec une surface, un vêtement ou un appui, il participe à cette intelligence corporelle que nous sollicitons chaque jour, souvent sans le savoir.



Pour aller plus loin, mes livres Lève-toi et marche et Plus jamais malade proposent d'autres contenus complémentaires.


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Merci de prendre soin de vous – et à très bientôt.


Denis



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Références


Maitre J, Paillard TP. Influence of the Plantar Cutaneous Information in Postural Regulation Depending on the Age and the Physical Activity Status. Front Hum Neurosci. 2016 Aug 17;10:409. doi: 10.3389/fnhum.2016.00409. PMID: 27582699; PMCID: PMC4987371.


Packheiser J, Hartmann H, Fredriksen K, Gazzola V, Keysers C, Michon F. A systematic review and multivariate meta-analysis of the physical and mental health benefits of touch interventions. Nat Hum Behav. 2024 Jun;8(6):1088-1107. doi: 10.1038/s41562-024-01841-8. Epub 2024 Apr 8. PMID: 38589702; PMCID: PMC11199149.


Papi M, Decandia D, Laricchiuta D, Cutuli D, Buratta L, Peciccia M, Mazzeschi C. The role of affective touch in mental illness: a systematic review of CT fiber dysregulation in psychological disorders and the therapeutic potential of CT fiber stimulation. Front Psychiatry. 2025 Mar 25;16:1498006. doi: 10.3389/fpsyt.2025.1498006. PMID: 40201059; PMCID: PMC11975928.


Tanaka T, Maeda Y, Miura T. Effects of Tactile Sensory Stimulation Training of the Trunk and Sole on Standing Balance Ability in Older Adults: A Randomized Controlled Trial. J Funct Morphol Kinesiol. 2025 Mar 17;10(1):96. doi: 10.3390/jfmk10010096. PMID: 40137348; PMCID: PMC11943072.


Whitton SA, Sreenan B, Luo C, Jiang F. Sensorimotor Synchronization and Neural Entrainment to Imagined Rhythms in Individuals With Proficient Imagery Ability. J Neurosci Res. 2024 Sep;102(9):e25383. doi: 10.1002/jnr.25383. PMID: 39286933; PMCID: PMC11410344.




 
 

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