Les effets méconnus de l’alcool sur votre condition physique

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La​ consommation d’alcool fait partie de notre mode de vie. Elle accompagne nos repas, agrémente certaines activités sociales, nous rend joyeux, et parfois même pompette. Bordeaux, Guiness, Sake Bomb, peu importe, notre consommation d’alcool se traduit par une moyenne de 3,3 verres par semaine et les effets sur le corps et l’esprit sont multiples.

Mon billet d’aujourd’hui traitera de 7 sujets que j’aborde régulièrement dans mon travail de conférencier et de physiothérapeute, comme la douleur et les performances sportives. Je vous propose donc un tour d’horizon sur les effets de l’alcool sur la santé.

Bonne lecture et joyeux temps des Fêtes!

Denis


1. Le muscle et le coeur

La consommation modérée d’alcool n’a pas d’effet dommageable à long terme sur le muscle. Toutefois, prise en grande quantité et sur une longue période de temps, l’alcool devient toxique et peut causer des myopathies (maladies du muscle). D’ailleurs plus de 40 % des alcooliques en souffrent, et davantage s’ils ont une cirrhose du foie. Ces myopathies se manifestent principalement par une diminution de force et du volume des muscles squelettiques, c’est-à-dire ceux qui font bouger les articulations.

Plus concrètement, les patients qui en souffrent perdront de la force et de l’endurance et guériront moins rapidement d’une blessure aussi banale qu’une entorse à la cheville. Certains chercheurs avancent aussi que les personnes alcooliques seraient plus fragiles aux hématomes. Une bonne nouvelle: les altérations du muscle causées par la consommation excessive d’alcool seraient réversibles, au moins partiellement, notamment par l’exercice qui stimulerait la synthèse des protéines du muscle, malgré les dommages déjà causés à la musculature.

Les myopathies causées par l’alcool ont également des impacts importants sur le muscle cardiaque. La consommation excessive peut même modifier la régularité du rythme du cœur ainsi que sa capacité de contraction.

Notez que ces problèmes de santé apparaissent davantage entre 40 et 60 ans et touchent autant les hommes que les femmes. Sur une note plus positive, plusieurs études ont démontré que la consommation modérée d’alcool peut avoir un effet bénéfique sur le cœur en protégeant mieux le corps contre le risque de maladies coronariennes.

Les effets de l’alcool sur les muscles demeurent un sujet d’intérêt de la communauté scientifique. Des études récentes associent notamment la consommation chronique et exagérée d’alcool à des phénomènes de fibrose, soit à une absence de régénération des muscles après qu’ils aient été endommagés.


2. Les performances sportives

Règle générale, les personnes sportives veillent attentivement à leur alimentation. On pourrait donc croire que leur consommation d’alcool est moins élevée. Or, plusieurs études démontrent le contraire, particulièrement chez les personnes qui pratiquent un sport d’équipe. Par exemple, les buveurs modérés auraient deux fois plus de chance d’être physiquement actifs que les personnes qui ne boivent pas, selon une étude américaine réalisée auprès de 40 000 personnes.

Les physiothérapeutes interviennent fréquemment auprès de personnes sportives qui sont soucieuses de leurs performances, que celles-ci soient des athlètes de haut niveau ou des personnes qui pratiquent une activité physique par pur plaisir. Mais la consommation d’alcool influence-t-elle leurs performances ?

L’alcool a des effets multiples et complexes, tant sur les performances que la récupération. Règle générale, il les influence négativement, même à des quantités faibles. L’alcool altère notamment les réflexes, la concentration ainsi que l’endurance musculaire et cardiorespiratoire. L’alcool diminuerait aussi les capacités de récupération notamment dues à ses effets sur les mécanismes de réhydratation et de synthèse des protéines du muscle.

Autres éléments non-négligeables: les sportifs ne sont pas à l’abri des sensations habituelles qui apparaissent lorsque le taux sanguin d’alcoolémie amorce sa descente: le mal de tête, les nausées ou les changements d’humeur. Mais la consommation d’alcool modérée ou élevée modifierait aussi l’apport sanguin à leurs muscles, leurs capacités anti-inflammatoires naturelles du corps ainsi que leur régulation hormonale, autant d’éléments indispensables aux bonnes performances et à la récupération. Toutefois, une dose inférieure à 0,5 gramme d’alcool pour chaque kilogramme de poids corporel aurait peu ou pas d’impact sur les performances et la récupération. En ce qui concerne l'augmentation de volume musculaire, une récente étude a documenté qu'une consommation modérée d'alcool n'altérerait pas la croissance du muscle secondaire à des exercices de résistance.

Pour mieux vous guider dans votre réflexion sur la consommation d'alcool et la pratique d'une activité sportive, voici 5 facteurs à considérer:

  1. La quantité d'alcool consommée.

  2. Le temps écoulé entre la consommation et l'activité physique, qu'elle soit prise avant ou après l'exercice.

  3. Le temps de récupération nécessaire, spécifique au type d'activité physique.

  4. La présence ou non de blessure.

  5. L'accoutumance aux doses élevées.

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3. Le sommeil

L’effet de l’alcool est parfois contradictoire et c’est vrai en ce qui concerne ses impacts sur le sommeil, peu importe la dose, l’âge et le sexe. La consommation d’alcool provoque l’endormissement et, du coup, il perturbe le sommeil, surtout durant la deuxième partie de la nuit. Ceci est notamment causé par le fait que l’alcool inhibe une partie du système nerveux (le parasympathique) qui normalement a pour rôle de ralentir l’activité du corps.

Aussi, les personnes alcooliques dorment moins longtemps que la population en général, notamment parce que les doses modérées et élevées d’alcool entraînent une diminution de sommeil paradoxal, soit le moment de la nuit durant lequel nous rêvons. De plus, les personnes qui prennent régulièrement de l'alcool seraient plus à risque à l'apnée du sommeil, du moins selon une étude publiée cette année.

En perturbant le sommeil, l’alcool a également des impacts négatifs sur la douleur et entraîne parfois une spirale négative. À titre d’exemple, les personnes insomniaques ressentent plus fréquemment de la douleur, ce qui a pour effet de les empêcher de bien dormir. Dans ces conditions, l’ajout de l’alcool au duo insomnie-douleur devient explosif et, à cet égard, une aide multidisciplinaire peut être alors considérée. Par ailleurs, une étude américaine publiée en 2012 a démontré que la promotion d’une meilleure hygiène de sommeil est un élément modérateur chez les jeunes adultes souffrant de problèmes liés à une consommation excessive d’alcool.

4. Les os

Les nouvelles semblent bonnes concernant l’alcool et ses liens avec le squelette : la densité minérale osseuse serait favorisée par une consommation modérée, soit d’un verre par jour, tant chez l’homme que chez la femme, et diminuerait notamment le risque de fracture ostéoporotique de la hanche. Les effets positifs de l’alcool sur le squelette s’avèrent à tous les âges, que ce soit chez les jeunes hommes ou les femmes de plus de 80 ans. En contrepartie, les personnes abstinentes ainsi que celles qui prennent en moyenne plus de deux verres par jour seraient plus à risque de voir diminuer leur densité minérale osseuse. Il n'est pas simple de s'y retrouver quant aux effets de l’alcool sur les os puisque ceux-ci varient considérablement selon la quantité consommée, mais aussi, parce que des études récentes comme celle-ci ont démontré que la consommation d'alcool, modérée ou importante, pouvait altérer la qualité de l'ossature. Les bienfaits de l'activité physique sur la santé osseuse font donc un meilleur consensus que les effets de l'alcool.


5. La douleur chronique

L’alcool est connu pour ses effets analgésiques. 25 % des personnes qui souffrent de douleur chronique l’utilisent pour se soulager. Par exemple, cette situation semble notamment présente chez certaines personnes souffrant de douleurs au dos chroniques et complexes. Une étude a d’ailleurs révélé que le risque d’utilisation de l’alcool comme analgésique est plus élevé chez les hommes aux prises avec des douleurs pour qui la composante psychologique est plus marquée. L’alcool et la douleur sont en liens directs avec les émotions et les aspects affectifs de la personne, ce qui complexifie souvent le traitement. Cela dit, les problèmes d’alcool ne touchent qu’une minorité de personnes qui souffrent de douleurs chroniques. À cet égard, certains spécialistes affirment que la méditation et la relaxation sont de bonnes avenues pour mieux gérer l’aspect affectif de la douleur chronique et réduire le risque d’une association avec la consommation d’alcool pathologique. La douleur chronique et la dépendance à l’alcool font d’ailleurs appel à des régions communes du cerveau, pavant ainsi la voie à une hypothétique influence mutuelle.

6. La médication

L’action combinée de l’alcool et de médicament peut entraîner des effets indésirables et le risque est plus grand si vous prenez de fortes doses, si vous avez déjà des effets secondaires (même sans alcool) et si vous êtes âgé de plus de 65 ans. En vieillissant, le foie élimine l’alcool moins rapidement, ce qui entraîne une certaine compétition entre la médication et l’alcool dont les effets peuvent alors être prolongés ou plus intenses. Par exemple, le risque de dommage au foie est particulièrement accru si vous prenez quotidiennement 8 comprimés d’acétaminophène de 500 mg ainsi que plus de 3 verres d’alcool. Afin de connaître les effets combinés de l’alcool et de votre médication, n’hésitez pas à consulter votre pharmacien.

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7. Les blessures

Par ses effets analgésiques, l’alcool peut diminuer la douleur aiguë, mais il peut aussi augmenter le risque de la subir, principalement en causant un accident, une chute ou une blessure due à un comportement violent. Les probabilités de vivre de telles expériences doublent après un verre, peu importe l’âge et le sexe. Le risque augmente encore davantage chez la femme lorsque sa consommation excède trois verres. Notons aussi que la consommation d’alcool est 10 fois plus fréquente chez les patients hospitalisés dans un contexte de blessures traumatiques; la sévérité de leurs symptômes est plus importante et leur hospitalisation est plus longue. Le risque de blessure dû à des comportements violents est d’ailleurs plus élevé que ceux reliés aux accidents de la route ou aux chutes. À ce sujet, on sous-estime parfois le nombre de personnes qui consultent un physiothérapeute pour une blessure causée par une agression physique dont la consommation d’alcool a été un facteur déclenchant. Les motifs de consultation de ces patients et patientes sont notamment les raideurs au cou, les migraines et les fractures.

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