Douleur à l’épaule : ce qu’on sait vraiment des tendinopathies de la coiffe
- 30 nov. 2025
- 6 min de lecture

Lorsqu’une douleur d’épaule apparaît, on parle encore spontanément de « tendinite », un mot hérité d’une époque où l’inflammation semblait expliquer l’essentiel du problème. Mais derrière ce terme se cachent des mécanismes plus nuancés, qui concernent autant le tendon que la façon dont l’épaule s’organise dans son ensemble.
La coiffe des rotateurs, pour situer brièvement son rôle, est formée de quatre muscles profonds qui stabilisent l’épaule et permettent de lever, tourner ou orienter le bras. Lorsque cette coordination se dérègle ou perd un peu de son efficacité, des douleurs peuvent apparaître — parfois discrètes, parfois très limitantes.
Dans mon article d’aujourd’hui, je reviens sur ce que la science récente nous apprend à propos de cette douleur fréquente, souvent invalidante, et qui touche autant les personnes très actives que celles qui bougent peu.
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De la « tendinite » à la tendinopathie : un changement de regard
Le terme tendinopathie ne décrit pas seulement une douleur, mais une modification progressive de la structure et du fonctionnement du tendon. Celui-ci devient moins efficace pour gérer la charge, souvent après une accumulation de microcontraintes ou de gestes répétitifs. Les fibres se réorganisent moins bien, la résistance mécanique diminue et la fatigue s’installe plus rapidement.
Ce processus — lent, souvent peu inflammatoire — diffère de l’idée classique d’une « inflammation aiguë ». La douleur apparaît lorsque la demande dépasse momentanément ce que le tendon peut assumer, ce qui suffit pour que le système nerveux déclenche un signal interprété par le cerveau comme un message de protection.
Dans certains cas, il est aussi question de sensibilisation centrale : le système nerveux devient plus réactif, comme si le volume du signal augmentait. J’en parle souvent dans mes livres et différentes tribunes, puisque ce phénomène intervient dans plusieurs formes de douleur persistante.
L’objectif du traitement n’est donc pas d’« éteindre une inflammation », mais de réentraîner progressivement le tendon pour qu’il retrouve sa capacité à générer un mouvement efficace et tolérable.
Précisions. Une tendinopathie de la coiffe des rotateurs, ce n’est pas :
la seule explication possible d’une douleur à l’épaule ;
une preuve irréfutable que le tendon est « déchiré » ou gravement abîmé ;
un signe de fragilité définitive ;
un problème qui impose automatiquement un arrêt complet des activités.
L’objectif du traitement n’est donc pas d’« éteindre une inflammation », mais de réentraîner progressivement le tendon pour qu’il retrouve sa capacité à générer un mouvement efficace et tolérable.
Quand la douleur ne correspond pas à la lésion
Il serait naturel d’associer une douleur forte à un tendon endommagé. Pourtant, la relation entre douleur et atteinte structurelle est loin d’être directe. Certaines personnes présentent une déchirure partielle ou complète sans aucun symptôme. Une revue récente indique qu’environ un tiers des personnes dans la soixantaine ont une déchirure visible à l’imagerie, mais sans douleur ni perte de fonction.
À l’inverse, une douleur importante peut survenir alors que la structure du tendon est relativement préservée.
Autrement dit :
une tendinopathie ou même une déchirure peut être indolore ;
une douleur peut apparaître malgré un tendon relativement intact ;
fatigue, perte de mobilité, sensibilité nerveuse accrue et habitudes de mouvement contribuent largement aux symptômes.
Comprendre la douleur, c’est donc analyser le fonctionnement global de l’épaule, pas seulement le tendon.
La relation entre douleur et atteinte structurelle est loin d’être directe. Certaines personnes présentent une déchirure partielle ou complète sans aucun symptôme.
Ce que la science remet en question
Pendant longtemps, on attribuait la douleur d’épaule à un muscle précis : sus-épineux, infra-épineux, sous-scapulaire, parfois le petit rond. Ce n’est pas nécessairement faux — ces muscles peuvent être impliqués de façon spécifique — mais les données récentes offrent une perspective plus large.
Selon une méta-analyse récente, les personnes présentant une tendinopathie de la coiffe montrent surtout :
une diminution de la flexion de l'épaule ;
une réduction de la rotation interne et externe ;
une faiblesse plus marquée en rotation interne ;
et une grande variabilité d’un individu à l’autre, ce qui souligne l’importance d’une évaluation individualisée.
Ces résultats orientent vers un déséquilibre fonctionnel de l’ensemble épaule–omoplate–tronc, plutôt qu’un muscle unique à “traiter”, ce qui renforce l’importance d’évaluer la mobilité, la force et la qualité des mouvements usuels.
Pourquoi bouger change tout
Le repos complet était autrefois recommandé pour « apaiser » un tendon douloureux. On sait aujourd’hui qu’un tendon, comme un muscle, réagit mal à l’immobilité : perte de force, raideur, diminution de la tolérance au mouvement… et souvent, augmentation de la douleur.
Les approches modernes privilégient un trio : éducation, exercices progressifs et gestion adaptée de la charge.
Par éducation, on entend offrir des repères clairs et utiles : ce qu’est une tendinopathie, ce que la douleur signifie — et ce qu’elle ne signifie pas —, les gestes à privilégier, ceux à éviter temporairement, et pourquoi certains exercices sont incontournables. Il s’agit d’outiller la personne pour qu’elle agisse avec cohérence, sans dramatiser ni minimiser.
Les études montrent aussi que l’efficacité du traitement repose en grande partie sur le dosage des exercices — leur fréquence, leur intensité et leur progression — davantage que sur un type d’exercice précis.
Bouger permet :
d’améliorer la circulation locale ;
de soutenir la réorganisation des fibres tendineuses ;
d’optimiser la coordination épaule–omoplate ;
de réduire la sensibilité nerveuse en réhabituant le système à certains mouvements ;
et de restaurer une relation plus confiante avec le mouvement.
C’est précisément ce travail autour du mouvement qui est au cœur de ma profession. En France, on parle de kinésithérapie ; au Québec, de physiothérapie — deux termes pour une même pratique centrée sur la réadaptation par le mouvement.
Les approches modernes de la tendinopathie de la coiffe des rotateurs privilégient un trio : éducation, exercices progressifs et gestion adaptée de la charge.
Ce qu’on évalue vraiment en physiothérapie
L’évaluation ne consiste pas seulement à repérer la douleur. Elle vise à comprendre ce qui dépasse la tolérance du tendon et comment ajuster gestes et activités pour favoriser la guérison.
Trois principes guident l’intervention : établir une progression de charge adaptée, respecter les symptômes tout en améliorant la mobilité et restaurer la coordination de l’omoplate et la qualité du mouvement.
Concrètement, le clinicien s’intéresse à :
la manière dont l’épaule s’organise lors des gestes usuels (porter, lever, atteindre) ;
les situations qui déclenchent la douleur, mais aussi celles qui l’atténuent ;
les stratégies d’évitement ou de compensation adoptées avec le temps ;
les antécédents, le contexte de vie et les habitudes de charge (loisirs, travail, sport).
Un objectif essentiel de la physiothérapie est aussi le soulagement de la douleur, souvent conditionné par un ajustement progressif de la charge et du geste.
Le piège de la chirurgie précoce
La chirurgie peut être indiquée en cas de déchirure traumatique ou massive. Mais, pour la grande majorité des personnes, ce n’est pas la première option à envisager.
La science a démontré que :
beaucoup de personnes obtiennent des résultats comparables à ceux de la chirurgie grâce à un programme de rééducation bien structuré ;
plusieurs améliorent leur fonction et leur douleur sans intervention ;
et même après une opération, la progression dépend largement de la qualité du programme d’exercices qui l’accompagne.
La physiothérapie n’est donc pas un « essai avant l’opération » : c’est un traitement à part entière, qui permet souvent d’atteindre des résultats fonctionnels et satisfaisants.
L’évaluation ne consiste pas seulement à repérer la douleur. Elle vise à comprendre ce qui dépasse la tolérance du tendon et comment ajuster gestes et activités pour favoriser la guérison.
Une trajectoire qui se reconstruit
Traverser une tendinopathie de la coiffe, c’est comprendre que la douleur reflète d’abord une sensibilité, et rarement une gravité structurelle. Les repères d’amélioration sont clairs : une mobilité plus fluide, une force qui revient progressivement et un geste mieux coordonné. La charge graduelle n’est pas là pour « forcer » le tendon, mais pour le remettre en mouvement à un rythme adapté, en l’aidant à retrouver ses repères.
Au fil des semaines, en ajustant les gestes, en explorant de nouveaux angles de mouvement et en renforçant la confiance dans son épaule, on observe généralement une diminution de la douleur, un retour des capacités et une reprise plus aisée des activités qui comptent.
La trajectoire n’est pas linéaire, mais elle se reconstruit — avec constance, nuances, et une compréhension de plus en plus fine de la façon dont l’épaule fonctionne.
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Denis
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Références
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