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Votre cerveau vieillit-il trop vite ? Le rôle méconnu des muscles et de la graisse abdominale

  • Photo du rédacteur: Denis Fortier
    Denis Fortier
  • 1 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Dans mon travail de physiothérapeute, il m’arrive souvent de voir des personnes qui bougent peu, qui perdent de la force ou qui remarquent des changements dans leur énergie, leur concentration ou leur capacité à récupérer. Et une question revient souvent : est-ce que notre corps peut influencer la santé de notre cerveau ?


Dans mon article d’aujourd’hui, je reviens sur un ensemble de recherches récentes qui explorent un lien fascinant : la façon dont la masse musculaire et la graisse viscérale — celle qui s’accumule profondément dans l’abdomen — pourraient être associées au vieillissement cérébral. Ce n’est pas un domaine réservé aux physiothérapeutes, mais il touche directement trois aspects que j’aborde au quotidien avec mes patients : le métabolisme, l’inflammation et l’activité physique.


Bonne lecture… et bon visionnement, si vous me suivez aussi sur YouTube !


Pourquoi parler de graisse viscérale (avec prudence)


Le sujet du gras corporel est sensible. Il touche à l’identité, à l’image de soi et, parfois, à des expériences difficiles. Il ne s’agit donc pas ici de parler de « poids idéal » ou de silhouette, mais d’un fait biologique bien établi : toutes les graisses ne se comportent pas de la même manière. Certaines sont relativement inertes, alors que d’autres, plus actives sur le plan métabolique, influencent l’inflammation, la glycémie et la santé cardiovasculaire.


La graisse viscérale (ou abdominale) — celle qui se loge profondément dans l’abdomen, autour des organes — fait partie des graisses les plus associées à différents risques : maladies cardiovasculaires, diabète, stéatose hépatique non alcoolique et certains cancers. Depuis peu, une autre piste attire l’attention : son lien potentiel avec le vieillissement cérébral.


Une communication scientifique récente présentée au congrès de la Radiological Society of North America a rapporté que plus la proportion de graisse viscérale est élevée par rapport à la masse musculaire, plus le cerveau tend à paraître « âgé » lors d’analyses d’imagerie avancée.


Ces observations vont dans le même sens qu’une revue systématique récente, qui conclut qu’une inflammation chronique liée à l’excès de graisse abdominale pourrait contribuer à certaines modifications du cerveau observées avec l’avancement en âge — un phénomène également documenté dans une étude de cohorte à large échelle issue du UK Biobank.

Plus la proportion de graisse viscérale est élevée par rapport à la masse musculaire, plus le cerveau tend à paraître « âgé » lors d’analyses d’imagerie avancée. 

Les muscles : un tissu sous-estimé… pour la tête aussi


L’autre versant de ces résultats est plus encourageant : une meilleure santé musculaire semble aller de pair avec un cerveau qui vieillit plus lentement.


Avec l’âge, notre masse musculaire diminue progressivement. Les données récentes montrent qu’après 50 ans, hommes et femmes commencent à perdre à la fois le nombre et la taille de leurs fibres musculaires, ce qui modifie non seulement la force, mais aussi la qualité du muscle. Cette réalité — bien documentée en science — n’a rien d’alarmant en soi, mais elle rappelle que le muscle est l’un des premiers tissus à enregistrer le passage du temps.


Or, ce tissu ne sert pas seulement à bouger. Il joue un rôle actif dans l’équilibre de l’organisme : il participe à la régulation du métabolisme, influence l’inflammation chronique et agit comme un véritable organe de communication grâce aux myokines, ces molécules libérées lors de la contraction musculaire. Certaines de ces myokines exercent des effets neuroprotecteurs, en soutenant par exemple des processus liés à la cognition, à la plasticité cérébrale et à la vascularisation du cerveau.


Des données issues d’essais cliniques renforcent ce constat. Chez des personnes plus âgées — avec ou sans trouble cognitif léger —, un entraînement en résistance deux fois par semaine peut améliorer la fonction exécutive, c’est-à-dire la capacité à planifier, à organiser et à s’adapter. Le même type d’entraînement a également montré un ralentissement de la progression des maladies des petits vaisseaux cérébraux, un facteur important dans le développement de troubles cognitifs chez les personnes ayant atteint le grand âge. Les exercices de résistance regroupent, à titre d’exemple, les mouvements effectués avec des poids, des bandes élastiques ou le poids du corps, qui visent à solliciter les muscles de façon ciblée et progressive.


En d’autres mots : travailler sa force ne sert pas qu’à se tenir debout, porter une boîte ou monter un escalier. C’est aussi une façon d’investir dans la santé de son cerveau.

La masse musculaire participe à la régulation du métabolisme, influence l’inflammation chronique et agit comme un véritable organe de communication grâce aux myokines, ces molécules libérées lors de la contraction musculaire.

Trois leviers concrets, réalistes et accessibles


La plupart des études convergent vers trois leviers simples et accessibles — trois dimensions de notre mode de vie qui influencent directement notre santé musculaire, métabolique et, par ricochet, notre santé cérébrale :


  • bouger régulièrement: marche rapide, montées d’escaliers, activités du quotidien ;

  • préserver ou augmenter la masse musculaire: exercices avec charges, bandes élastiques ou renforcement adapté ;

  • limiter l’accumulation de graisse viscérale: activité physique régulière, sommeil suffisant, gestion du stress.


Plutôt que d’opposer ces éléments, la science montre qu’ils se renforcent mutuellement. L’activité physique contribue à freiner l’augmentation de la graisse abdominale ; le renforcement musculaire améliore le métabolisme et la sensibilité à l’insuline ; et ces deux volets réunis créent un terrain plus favorable à la santé cérébrale.


Des travaux récents rappellent d’ailleurs que le renforcement musculaire régulier n’agit pas uniquement sur les muscles : il peut aussi s’accompagner d’améliorations de certains marqueurs métaboliques et cognitifs, ce qui complète les observations rapportées dans les études portant sur la graisse viscérale. Loin de constituer deux pistes distinctes, ces résultats appartiennent à la même dynamique : un corps qui bouge, des muscles qui travaillent et un métabolisme plus équilibré soutiennent un cerveau en meilleure santé.


Ce que cela change pour nous


On parle souvent de prévention cardiovasculaire, de contrôle du glucose ou de prise de masse musculaire pour le mouvement. Mais plus rarement du lien direct entre nos muscles, la graisse abdominale profonde et la santé de notre cerveau.


Pourtant, les données récentes nous invitent à adopter une vision plus globale — et surtout, plus motivante. Chaque marche rapide, chaque minute de gainage, chaque répétition bien dosée n’alimente pas seulement nos muscles ou notre endurance. Ces petits moments de mouvement créent aussi un environnement métabolique plus favorable au cerveau.


Un rappel qui donne envie de bouger autrement — et peut-être un peu plus souvent.


Pour aller plus loin, mes livres Lève-toi et marche et Plus jamais malade proposent d'autres contenus complémentaires.


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Merci de prendre soin de vous – et à très bientôt.


Denis



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Références


Jiang W, Wang X, Mao L. Effects of resistance exercise on cognitive function, neurotrophic factors, brain structure, and brain function in older adults: A narrative review. J Alzheimers Dis. 2025 Sep;107(1):15-38. doi: 10.1177/13872877251359630. Epub 2025 Jul 17. PMID: 40676864.


Li, P., Zhu, X., Huang, C., Tian, S., Li, Y., Qiao, Y., Liu, M., Su, J., & Tian, D. (2025). Effects of obesity on aging brain and cognitive decline: A cohort study from the UK Biobank. IBRO Neuroscience Reports, 18, 148–157.


McNeish BL, Miljkovic I, Liu-Ambrose T, Ambrosio F, Esser K, Fahnestock M, Rosano C. Muscle-brain crosstalk as a driver of brain health in aging. Geroscience. 2025 Aug 15. doi: 10.1007/s11357-025-01833-0. Epub ahead of print. PMID: 40813935.


Raji, C. A., et al. (2024). More Muscle, Less Belly Fat Slows Brain Aging. Communication scientifique présentée au congrès annuel de la Radiological Society of North America (RSNA), Chicago.

 
 
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