Bursite : ce diagnostic que l’on confond souvent
- 5 févr.
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Une douleur à l’épaule, au genou ou à la hanche. Une sensibilité locale. Une gêne au mouvement. Rapidement, un mot apparaît dans le dossier médical : bursite.
Mais que signifie réellement ce diagnostic ? Et surtout — est-il toujours exact ?
Dans mon article d’aujourd’hui, je vous propose de mieux comprendre ce qu’est une bourse, ce qu’on appelle une bursite, ce que la recherche récente nous apprend… et pourquoi plusieurs douleurs que l’on attribue à une bursite sont parfois liées à d’autres structures.
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Une bourse : une structure discrète mais essentielle
Une bourse est un petit sac rempli de liquide situé entre les muscles, les tendons et les os, dont la fonction principale est de réduire les frictions et de faciliter le mouvement.
On estime d’ailleurs que le corps humain compte environ 160 bourses, la plupart minces et aplaties, ce qui les rend parfois difficiles à identifier lorsqu’elles ne provoquent aucun symptôme.
Certaines sont bien connues, comme la bourse sous-acromiale à l’épaule ou la bourse prépatellaire au genou. D’autres le sont beaucoup moins, même si elles peuvent contribuer à des douleurs persistantes. Une revue publiée récemment souligne d’ailleurs que plusieurs bourses du genou demeurent sous-reconnues malgré leur capacité à imiter des pathologies intra-articulaires ou des blessures tendineuses.
Lorsqu’une bourse devient le siège d’une inflammation, elle peut gonfler, accroître les frictions et irriter les tissus voisins — parfois même le tendon qu’elle est censée protéger.
Il arrive que cette augmentation de volume exerce une pression sur les structures voisines. Par exemple, la bursite ilio-pectinée — une condition rare — peut alors comprimer les structures neurovasculaires de l’aine et provoquer douleur, paresthésies ou enflure du membre inférieur. Une synthèse récente rapporte qu’environ un patient sur trois aux prises avec une telle bursite présente un syndrome de compression; la veine fémorale est la plus souvent touchée, représentant près de 16 % des cas analysés. Des complications plus sérieuses, comme une thrombose veineuse profonde, ont aussi été décrites, mais elles demeurent inhabituelles et surviennent surtout lorsque la bourse devient très volumineuse ou que le diagnostic tarde à être posé (Epidemiology, Clinical Manifestation, Diagnosis, and Treatment of Bursitis Iliopectinea: A Systematic Review).
Une structure plus active qu’on ne le croyait
Pendant longtemps, la bourse a été perçue comme un simple coussin mécanique. Or, la littérature scientifique décrit aujourd’hui une structure beaucoup plus dynamique.
Une revue publiée dans Cells souligne notamment que la bourse possède un réseau fibrovasculaire dense, une forte concentration de facteurs de croissance ainsi qu’un important potentiel de cellules progénitrices — des cellules immatures capables de se transformer et de participer à la réparation des tissus — ce qui pourrait contribuer à la guérison des structures voisines, notamment les tendons de la coiffe des rotateurs.
Ces observations ont changé la perception des chercheurs : la bourse pourrait même agir comme une structure favorisant la cicatrisation, en partie grâce à la présence de cellules souches, à sa vascularisation et à son contenu en facteurs biologiques.
Plutôt que d’être une structure passive, la bourse pourrait donc représenter une composante active de la réponse du corps aux contraintes mécaniques — à la fois protectrice et, dans certains contextes, impliquée dans les symptômes.
Pourquoi une bursite apparaît-elle ?
Dans la majorité des situations, l’irritation d’une bourse découle de contraintes mécaniques répétées, d’un traumatisme ou encore de certaines maladies inflammatoires.
Au genou, par exemple, la bourse infrapatellaire superficielle est particulièrement vulnérable à la pression directe et aux microtraumatismes, ce qui explique qu’on l’observe plus souvent chez les personnes qui s’agenouillent régulièrement — comme certains travailleurs manuels ou sportifs. Cette irritation survient généralement à la suite de contraintes mécaniques répétées ou d’un traumatisme local, entraînant une accumulation de liquide et une inflammation de la membrane synoviale.
Plusieurs conditions médicales peuvent aussi favoriser cette réaction inflammatoire. Les arthropathies inflammatoires — notamment la polyarthrite rhumatoïde — ainsi que les maladies liées aux dépôts cristallins comme la goutte figurent parmi les déclencheurs reconnus.
Des facteurs biomécaniques comme l’obésité, un mauvais alignement du membre inférieur ou des modifications de la démarche peuvent également augmenter la pression locale et contribuer au développement d’une bursite.
Certaines formes plus rares illustrent bien la diversité des mécanismes en cause. La bourse ilio-psoas — la plus grande bourse synoviale du corps — est présente des deux côtés chez environ 98 % des adultes et réduit la friction entre le tendon ilio-psoas et l’ilium. Lorsqu’elle devient inflammatoire, deux mécanismes principaux sont évoqués : une augmentation de la pression du liquide synovial liée à l’arthrose de la hanche, ou une irritation mécanique provoquée par un traumatisme, un surmenage ou certains débris après une arthroplastie.
Le diagnostic : un exercice parfois délicat
Certaines bursites du genou doivent être distinguées d’un épanchement articulaire lié à l’arthrose ou à la polyarthrite, d’une blessure au tendon quadricipital, d’un hématome ou d’un abcès — voire de tumeurs ou d’arthropathies microcristallines (par exemple la goutte ou la chondrocalcinose), où des dépôts de cristaux peuvent déclencher une inflammation qui ressemble à une bursite.
De même, une douleur sur le côté du genou peut évoquer une déchirure méniscale, une blessure ligamentaire ou une tendinopathie. Autrement dit, plusieurs problèmes peuvent se ressembler — et prêter à confusion.
Une localisation clinique précise, combinée au besoin à l’échographie ou à l’IRM, aide alors à distinguer une véritable bursite de ces diagnostics.
À l’épaule, la situation est comparable : chez plusieurs personnes ayant reçu — ou chez qui l’on soupçonne — un diagnostic de bursite, on retrouve plutôt une atteinte de la coiffe des rotateurs ou un syndrome de conflit sous-acromial.
Les tests cliniques demeurent donc centraux : ils permettent souvent d’écarter certaines causes et d’orienter l’hypothèse la plus probable, même si aucun test isolé n’est parfait.
Et le traitement ?
Dans la plupart des cas, la prise en charge repose d’abord sur des mesures simples : repos relatif, glace, modification des activités et physiothérapie.
La correction des facteurs biomécaniques et des contraintes mécaniques est également essentielle pour prévenir les récidives.
Par exemple, en ajustant un geste répétitif au travail ou en corrigeant certains déséquilibres musculaires pouvant augmenter la pression sur une bourse.
Lorsque les symptômes persistent, d’autres options peuvent être envisagées. Les injections de corticostéroïdes font partie des traitements courants, mais leur utilisation répétée est limitée en raison des effets potentiels sur la qualité des tissus. Si elles peuvent offrir un soulagement à court terme, leurs bénéfices à long terme demeurent incertains.
Les approches biologiques, notamment le plasma riche en plaquettes — aussi appelé PRP — suscitent un intérêt croissant et pourraient améliorer la douleur et la fonction dans certaines bursites. Toutefois, les protocoles demeurent variables et des études de meilleure qualité sont encore nécessaires pour confirmer leur efficacité.
Ce qu’il faut retenir
Recevoir un diagnostic de bursite peut aider à nommer une douleur — mais il ne résume pas toujours, à lui seul, la situation.
Plusieurs bourses peuvent être touchées, certaines étant encore peu reconnues en pratique clinique malgré leur capacité à produire des symptômes ressemblant à ceux de blessures articulaires ou tendineuses.
Derrière ce terme se cache donc parfois un véritable casse-tête biomécanique. Mieux comprendre ce casse-tête permet non seulement d’orienter plus justement le traitement, mais aussi de reprendre le mouvement avec confiance.
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Denis
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Références
Jonczy ML, Büchler L, Mahenthiran Y, Helfenstein F, Appenzeller-Herzog C, Isaak A. Epidemiology, clinical manifestation, diagnosis,and treatment of bursitis iliopectinea: A systematic review. SAGE Open Med. 2025 Feb 3;13:20503121251317899. doi: 10.1177/20503121251317899. PMID: 39902068; PMCID: PMC11789115.
Klatte-Schulz F, Thiele K, Scheibel M, Duda GN, Wildemann B. Subacromial Bursa: A Neglected Tissue Is Gaining More and More Attention in Clinical and Experimental Research. Cells. 2022 Feb 14;11(4):663. doi: 10.3390/cells11040663. PMID: 35203311; PMCID: PMC8870132.
