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Quand les pieds de Barbie nous aident à mieux comprendre les nôtres

  • Photo du rédacteur: Denis Fortier
    Denis Fortier
  • 9 déc. 2025
  • 5 min de lecture

La santé des pieds fait rarement les manchettes, pourtant, elle influence notre stabilité, notre façon de marcher et même notre confort quotidien. Récemment, un groupe de chercheurs s’est intéressé à un modèle anatomique aussi inattendu que révélateur : les pieds de Barbie. Depuis 1959, près de trois mille poupées ont été analysées pour comprendre comment leur posture, leurs rôles et leurs caractéristiques ont évolué. Le résultat offre un regard étonnant, à la fois biomécanique et sociologique.


Dans mon article d’aujourd’hui, je reviens sur les éléments les plus marquants de cette étude insolite, mais éclairante. Elle nous invite à porter un regard différent sur nos propres pieds, nos chaussures… et ce qu’ils nous permettent de faire.


On peut aussi écouter ma chronique sur cette même thématique à l'émission Pénélope, en cliquant ici.


Bonne lecture — et bon visionnement si vous me suivez aussi sur YouTube!



Pieds plats ou pointés ?


En clinique, on décrit plusieurs grandes catégories de pieds.


Les pieds plats présentent une voûte plantaire abaissée. Certains sont de « vrais » pieds plats, rigides et peu mobiles; d’autres sont des pieds plats flexibles, où la voûte se reforme partiellement, notamment lorsque la personne se met sur la pointe des pieds ou relâche ses appuis. Dans l’étude que je présente aujourd’hui, toutefois, les termes « pied plat » désignent simplement un pied positionné à 90°, c’est-à-dire un appui neutre.


À l’autre extrême se trouvent les pieds en posture équine, ou pieds pointés, orientés vers le bas comme si la personne portait des talons hauts en permanence — un mouvement que l’on voit très bien dans les premières secondes de cette vidéo. Cette position limite l’amortissement, réduit la mobilité de la cheville et modifie la démarche.


Entre les deux, on retrouve une grande variété de morphologies plus neutres ou légèrement inclinées.


Au-delà de la forme générale, les pieds humains présentent aussi des alignements articulaires variés : pronation, supination, variations de la voûte, asymétries, etc. Cette diversité fait partie de la normalité — mais elle n’a pas été prise en compte par les chercheurs ayant analysé l’évolution des pieds de Barbie depuis son arrivée sur le marché.


Dans cette étude, les chercheurs se sont donc concentrés sur un seul aspect : l’angle de flexion de la cheville. Et l’évolution observée est frappante : pendant des décennies, Barbie a presque toujours été représentée avec un pied en pointe, comme figée dans un talon haut invisible. Au fil du temps, toutefois, de plus en plus de modèles ont été conçus avec une cheville neutre ou un pied dit « plat » — surtout lorsqu’elle exerce un métier ou est représentée dans une activité nécessitant stabilité et mouvement.

Les pieds plats présentent une voûte plantaire abaissée. Certains sont de « vrais » pieds plats, rigides et peu mobiles; d’autres sont des pieds plats flexibles, où la voûte se reforme partiellement, notamment lorsque la personne se met sur la pointe des pieds ou relâche ses appuis.

Une idée reçue à revisiter


Depuis plus d’un siècle, les professionnels de la santé mettent en garde contre les talons hauts. Dès 1900, des médecins s’interrogeaient déjà sur certaines douleurs ou déformations aux pieds. Depuis quelques décennies, un discours revient souvent quant aux dommages attribués au port de talons hauts — notamment en ce qui concerne les oignons, le bas du dos, certaines contraintes au niveau des genoux ou encore la forme des pieds.


L’étude rappelle toutefois une nuance essentielle : plusieurs de ces problèmes surviennent aussi chez des personnes qui ne portent jamais de talons hauts. Et surtout, aucune preuve directe ne montre qu’un usage même régulier du talon haut mène automatiquement à un pied équin permanent.


À noter que le pied équin rigide, celui qui demeure pointé en tout temps, est généralement lié à des facteurs présents dès la naissance, comme certaines malformations, ou à des atteintes neurologiques (par exemple une faiblesse marquée ou une incapacité d’activer les muscles fléchisseurs dorsaux). Autrement dit : ce n’est pas une conséquence normale du port de talons.


En somme, comme Barbie, la plupart d’entre nous adaptent nos chaussures aux activités du moment. Ce choix varie selon le contexte, les préférences, le confort, l’esthétique… ou simplement l’environnement.

Le pied équin rigide, celui qui demeure pointé en tout temps, est généralement lié à des facteurs présents dès la naissance, comme certaines malformations, ou à des atteintes neurologiques.

Ce que révèle l’évolution des poupées


L’un des éléments les plus frappants de cette étude est la transformation progressive — presque narrative — de Barbie.


Au départ, dans les premières décennies, elle est presque toujours représentée avec un pied en pointe, dans un univers très « mode » où l’esthétique prime : une silhouette figée dans un talon haut invisible.


Dans les années 1990 et 2000, de nombreux métiers apparaissent dans les catalogues — médecin, vétérinaire, sportive, etc. —, mais ses pieds demeurent majoritairement inclinés. Barbie multiplie les rôles, sans que son appui n’évolue réellement : la posture stylisée reste dominante, incluant les pieds pointés.


Puis, un changement net s’opère : les modèles aux pieds dits plats ou neutres deviennent plus nombreux, en particulier ceux associés à un rôle professionnel ou actif. Le pied devient plus fonctionnel, pensé pour se stabiliser, marcher, se déplacer — bref, participer à l’action plutôt que simplement poser.


En parallèle, les représentations de diversité ethnique et de handicap s’élargissent : fauteuil roulant, prothèses, orthèses. Ces modèles restent minoritaires, mais ils diversifient l’univers de la poupée — et élargissent, du même coup, ce que les enfants peuvent reconnaître ou imaginer de leurs propres rôles… et même de leurs propres pieds.


L’étude ne permet pas d’identifier quels modèles se vendent le mieux, mais elle rappelle l’ampleur du phénomène : plus d’un milliard de poupées Barbie vendues depuis sa création. Les versions « classiques » ou « mode » demeurent solidement ancrées dans l’imaginaire collectif, ce qui laisse croire que les pieds en pointe conservent une forte présence culturelle — même si, d’année en année, les appuis plus neutres gagnent du terrain.



À retenir


En observant Barbie, les chercheurs rappellent que nos choix de chaussures — talons, modèles plats, chaussures sportives, minimalistes ou très rigides — s’ajustent spontanément aux tâches que nous accomplissons. Les messages de santé gagneraient à suivre cette logique : comprendre l’effet des chaussures selon les activités, plutôt que les condamner ou les idéaliser.


Varier ses chaussures au fil de la semaine permet aussi de solliciter différemment les muscles et les articulations du pied, de préserver leur mobilité et de répartir autrement les contraintes. Une simple alternance d’un jour à l’autre suffit souvent à soutenir le confort… et la santé des pieds. N’oublions pas non plus que les pieds sont des organes sensoriels à part entière.


Et finalement, même les pieds de Barbie nous rappellent une vérité simple : le plus important, c’est de choisir ce qui convient à notre corps, à nos activités et à notre bien-être — avec bienveillance pour nos pieds et, surtout, sans se culpabiliser.



Pour aller plus loin, mes livres Lève-toi et marche et Plus jamais malade proposent d'autres contenus complémentaires.


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Merci de prendre soin de vous – et à très bientôt.


Denis



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Références


Williams C, Graham K, Griffiths I, Wakefield S, Banwell H. Flat out Fabulous: How Barbie's foot posture and occupations have changed over the decades, and the lessons we can learn. PLoS One. 2025 May 14;20(5):e0323719. doi: 10.1371/journal.pone.0323719. PMID: 40367048; PMCID: PMC12077710.


Williams EM. Common Deformities Of The Feet. The British Medical Journal. 1901:1014.

 
 
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