Alcool et récupération après une blessure : un facteur qu’on oublie trop souvent
- Denis Fortier
- 17 déc. 2025
- 6 min de lecture

Après une blessure, une chirurgie ou une reprise d’activité difficile, la douleur devient souvent le principal repère : elle guide l’effort, freine certains mouvements, influence la motivation.
Pendant ce temps, d’autres éléments, plus discrets, passent sous le radar — non pas parce qu’ils sont négligeables, mais parce qu’ils s’installent doucement, sans se faire remarquer. La consommation d’alcool en fait partie. Elle s’invite parfois en arrière-plan, pour relaxer, favoriser l’endormissement ou simplement décrocher. Peu remise en question dans ce contexte, elle est souvent perçue comme sans lien direct avec la récupération, alors qu’elle peut en influencer plusieurs dimensions.
Dans mon article d’aujourd’hui, je propose de faire le point sur ce que l’on observe lorsque l’alcool s’insère dans une phase de retour à l’activité — qu’il s’agisse d’un retour après blessure, après une pause prolongée ou à la suite d’un arrêt imposé. Pas à partir de grands principes théoriques, mais à partir d’effets concrets, observés chez des personnes bien réelles, dans des situations qui ressemblent à celles du quotidien.
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Récupérer, ce n’est pas juste s’entraîner
Le retour à l’activité repose sur un principe simple : solliciter le corps, puis lui laisser le temps de s’adapter. Cette phase moins visible est pourtant déterminante. C’est là que le système nerveux affine les mouvements, que les tissus se reconstruisent et que l’inflammation provoquée par l’effort est progressivement régulée, permettant à l’organisme de retrouver un nouvel équilibre.
Quand on parle d’immunité dans ce contexte, il ne s’agit pas de combattre des infections, mais de gérer l’inflammation liée à l’effort et à la réparation des tissus. Une réponse inflammatoire trop faible ralentit la réparation; une réponse qui s’étire trop longtemps entretient la douleur et prolonge inutilement la récupération. L’enjeu est donc l’ajustement, pas l’excès dans un sens ou dans l’autre.
On peut voir ce processus comme un compte bancaire : l’exercice correspond aux dépôts, la récupération permet de les faire fructifier. La consommation d’alcool, elle, peut réduire le rendement. Et quand le rendement diminue, le solde continue certes d’augmenter… mais plus lentement, même si les dépôts — autrement dit l’entraînement — sont pourtant bien planifiés.
Après l’exercice : la force revient, la douleur traîne
Une étude récente s’est intéressée à ce qui se passe lorsque de l’alcool est consommé après un effort particulièrement exigeant pour les muscles, soit une course prolongée en descente — un type d’effort bien connu pour provoquer des courbatures marquées. Les participants ont consommé l’équivalent d’environ un gramme d’alcool par kilo de poids corporel, une quantité correspondant à plusieurs consommations prises sur une courte période.
Résultat : la récupération de la force musculaire était comparable entre les participants ayant consommé de l’alcool et ceux qui n’en avaient pas consommé. Autrement dit, les muscles retrouvaient leur capacité à produire de la force. En revanche, la douleur musculaire diminuait plus lentement chez les personnes ayant bu de l’alcool.
Concrètement, après la prise d’alcool, le muscle peut sembler prêt à fonctionner, mais le système nerveux demeure plus réactif à la douleur. Cette persistance de l’inconfort peut influencer la charge que l’on ose tolérer, la qualité et la fluidité des mouvements, ainsi que la confiance à bouger — trois éléments centraux lors d’un retour progressif à l’activité. Bien sûr, ces observations décrivent des tendances mesurées dans un contexte précis; elles ne signifient pas que les mêmes effets s’appliquent de façon identique à toutes les situations ou à toutes les personnes.
Après la prise d’alcool, le muscle peut sembler prêt à fonctionner, mais le système nerveux demeure plus réactif à la douleur.
Le sommeil : l’effet boomerang
L’alcool peut effectivement faciliter l’endormissement en début de nuit. Cet effet est réel : il agit d’abord comme un sédatif. Le problème apparaît plus tard. Une méta-analyse regroupant 27 études montre qu’une faible quantité d’alcool — environ deux consommations — suffit à perturber le sommeil paradoxal, en retardant son apparition et en en réduisant la durée. Plus la quantité augmente, plus l’impact est important : autrement dit, plus on en prend, plus les perturbations s’accentuent.
Le sommeil paradoxal est une phase clé du sommeil. Il joue un rôle central dans la régulation de la douleur, la récupération du système nerveux et l’intégration des apprentissages moteurs. C’est pourquoi l’alcool peut donner l’impression d’aider à dormir — parce qu’il facilite l’endormissement au début du cycle — alors qu’il perturbe ensuite la suite de la nuit. L’effet revient donc en boomerang : on s’endort plus vite, mais on récupère moins bien. Un peu comme redémarrer un téléphone sans avoir réellement installé les mises à jour.
L’alcool peut donner l’impression d’aider à dormir — parce qu’il facilite l’endormissement au début du cycle — alors qu’il perturbe ensuite la suite de la nuit. L’effet revient donc en boomerang : on s’endort plus vite, mais on récupère moins bien.
Quand il faut cicatriser : l’impact devient concret
Lorsque la récupération passe par une cicatrisation des tissus, comme c’est souvent le cas à la suite d’une blessure ou d’une chirurgie, les effets deviennent plus faciles à mettre en évidence. Une étude menée chez des patients opérés de la coiffe des rotateurs, comparables notamment par l’âge, le type de lésion et la technique chirurgicale utilisée, montre que 77 % des personnes consommant régulièrement de l’alcool présentaient une cicatrisation tendineuse intacte, contre 100 % chez celles qui n’en consommaient pas. Les défauts de cicatrisation étaient donc plus fréquents chez les personnes exposées à l’alcool. Autrement dit, même lorsque la fonction s’améliore et que la douleur diminue, la résistance du tissu réparé peut demeurer moindre.
À une échelle plus large, une méta-analyse portant sur plus de 680 000 patients opérés montre qu’une consommation élevée d’alcool avant une intervention est associée à un risque accru de complications. On observe notamment une augmentation relative de la mortalité à court terme, un risque environ doublé de fuite au niveau des sutures intestinales, ainsi qu’un nombre plus élevé d’infections de la plaie opératoire.
Ces résultats ne signifient pas qu’un verre occasionnel entraîne automatiquement des complications, mais ils indiquent que l’alcool devient un facteur moins favorable lorsque l’organisme doit réparer et consolider des tissus.
Les défauts de cicatrisation étaient donc plus fréquents chez les personnes exposées à l’alcool. Autrement dit, même lorsque la fonction s’améliore et que la douleur diminue, la résistance du tissu réparé peut demeurer moindre.
Le vrai enjeu : l’accumulation
Dans un contexte de retour à l’activité, l’alcool n’agit pas comme un interrupteur, mais comme une addition de petites contraintes : une douleur qui s’attarde, un sommeil moins réparateur, une cicatrisation un peu moins efficace. Pris isolément, chacun de ces effets semble mineur. Mis bout à bout, semaine après semaine, ils finissent par freiner la progression.
L’objectif n’est pas d’être irréprochable, mais de réunir des conditions favorables. Lorsque la douleur persiste, que l’énergie varie ou que la récupération semble stagner, la place de l’alcool mérite d’être réévaluée dans ce contexte précis.
Accorder une réelle priorité à la récupération, c’est offrir au corps un terrain plus propice pour s’adapter, se renforcer et retrouver de la confiance dans le mouvement. Et lors d’un retour à l’activité, retirer un frein discret peut parfois avoir autant d’impact que d’ajuster l’ensemble de la thérapie.
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Denis
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Références
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Gardiner C, Weakley J, Burke LM, Roach GD, Sargent C, Maniar N, Huynh M, Miller DJ, Townshend A, Halson SL. The effect of alcohol on subsequent sleep in healthy adults: A systematic review and meta-analysis. Sleep Med Rev. 2025 Apr;80:102030. doi: 10.1016/j.smrv.2024.102030. Epub 2024 Nov 19. PMID: 39631226.
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