Appeler le 911 et mourir chez soi


Appeler le 911 et mourir chez soi

Notre système de santé est dysfonctionnel et il est désormais incapable d’assurer efficacement notre sécurité en situation d’urgence. Dans les médias, les histoires d'horreurs se multiplient. Je consacre mon article d'aujourd'hui à ces personnes disparues dans la plus grande indifférence.


Un cas consternant


Ce jeune retraité — et récemment tant d’autres personnes — aura payé le prix de nos incompétences en santé.


Il est mort en attendant les ambulanciers pendant plus de 11 heures.


Le pauvre homme avait mal à la tête et il était incapable de se lever; des signes qui peuvent s’apparenter à certains problèmes graves, comme un AVC. Je vous en ai souvent parlé dans mes chroniques et mes vidéos.


Monsieur a eu les bons réflexes en appelant le 911. C’est le système de santé qui l’a abandonné.


Pendant l’attente, il n’aurait d'ailleurs reçu aucun appel de suivi pour s’assurer de son état. Rien. C'est consternant.


Et que penser de la durée de la conversation avec le répartiteur: cent six petites secondes?


Monsieur Myron Cybriwski avait 65 ans et venait tout juste de prendre sa retraite. Il est mort dans des circonstances inhumaines.


S'agit-il d'un cas isolé ? Non.



L'ambulance s'en vient


Cette femme de 91 ans est aussi récemment décédée en attendant les secours, dans les bras de son fils qui avait appelé à l’aide.


«Ne la bougez plus, il y a une ambulance qui s'en vient, mais ça va prendre quelques heures», lui aurait-on répondu.


Combien d'heures? Sept. Un chiffre qui n'a assurément plus rien de chanceux!


Il y a quelques années, le temps d'attente pour voir arriver les ambulanciers se quantifiait ... en minutes.


Terrible histoire.


Madame Thérèse Pardiac avait 91 ans. Elle est morte devant son fils dans des conditions inacceptables.


Son fils a rappelé dans les médias que sa mère a fondé le mouvement Parent-Secours pour aider les enfants. On ne l'appelait pas Thérèse, mais plutôt Mère Teresa.



Froid dans le dos


Il faut bien se rendre compte que nous vivons désormais dans un pays où la morgue risque parfois d’arriver plus vite que les ambulanciers.


Combien d’autres morts comme celle-ci qui passeront inaperçus parce que les familles n’auront pas l’énergie ou l’intérêt d’alerter les médias?


Combien de personnes agoniseront-elles seules chez elle — à en mourir ou à en subir des séquelles irréparables —sans qu’un seul décideur public rende de comptes?


Et qu’arriverait-il si une nouvelle crise sanitaire survenait alors que la sécurité des personnes n’est pas assurée par notre système bancal de santé?


Durant la pandémie, des milliers (!) de personnes sont mortes dans des CHLSD et des résidences pour personnes âgées. Nous en avions discuté ensemble sur ma chaîne, il y a plus de deux ans.


Le rapport de la coroner Kamel publié récemment vous a d'ailleurs donné froid dans le dos.



Trouver l'indignation


En avril 2021, Peter St-Onge et Maria Lily Shaw écrivaient:


« Le véritable désastre des CHSLD sera à tout jamais un exemple criant des limitations du modèle québécois en matière de santé (…). Il est permis d’espérer que cela nous mène à réfléchir sur des façons plus souples, plus rapides et plus efficaces de fournir des soins à la population, et en particulier aux plus vulnérables d’entre nous. C’est une question de vie ou de mort. »


La réflexion tant souhaitée sur nos incompétences en santé semble ne pas se faire.


Plus ça change, plus c’est pareil.


Pire. On laisse maintenant mourir des personnes chez elles en situation d’urgence.


Qu’est-il arrivé à nos principes de dignité et d’humanité ?


La crise sanitaire nous a-t-elle à ce point troublés que notre indignation devant tant de morts inutiles et atroces s’est transformée en inaction et en résignation?